En 1987 a lieu aux Etats-Unis le premier Patchwork, deux ans plus tard en France. C’est donc cette année, 2009, un (triste) vingtième anniversaire de cette commémoration. En permettant aux proches des victimes de célébrer leur défunt, l’association à l’origine de l’idée leur propose d’avancer dans leur deuil, dont on sait que la plaie de la perte ne se refermera sans doute jamais. Chaque famille qui le souhaite peut apporter au Patchwork des Noms un carré de tissu symbolisant leur proche, un message qui pourrait lui être adressé. Le Patchwork émouvant se fabrique avec amertume surement, apaisement, peut-être.
Hier, aux Solidays, les festivaliers et une partie des bénévoles se sont avancés vers la scène, en riant, en trébuchant, parfois les deux. Ils se sont assis, presque un par un. L’immense partie d’herbe est bientôt pleine d’hommes et de femmes qui savent ce qu’ils sont venus écouter. Il est 17h et tout à coup, le silence se fait, sur scène et au-delà.
Quoi de plus poignant que ces milliers de spectateurs, assis en silence, respectueux et sensible à l’écoute de la lecture d’une liste de noms des victimes de cette pandémie, dévastatrice. Car cette heure, incroyablement courte au regard de l’émotion qu’elle soulève, a vu se succéder sur la grande scène des lecteurs de noms et prénoms, lancés dans l’air étouffant de ce dimanche. Sœur Salem, une des sœurs de la Perpétuelle Indulgence, Antoine De Caunes, Didier Wampas, Dominique d’une association de la Réunion, d’autres du Mali et du Cameroun, Act Up, Sylvie, membre de l’association Allegro Fortissimo, tous à leur tour vont égrener un par un les noms de ceux qui ont disparu. Des hommes et des femmes qui ont tous été cible, puis victime d’un virus effroyable.
Solidays, c’est aussi ça, rire et chanter, en se souvenant que la cause ne doit pas être vaine et que cette cérémonie doit signifier ce pour quoi les spectateurs sont venus.
Les représentants d’associations, très nombreuses, vont émouvoir la foule venue et, silencieux, nombreux sont ceux qui ne pourront s’empêcher de pleurer. Palpable, jusque dans la lecture même des noms, qui n’aurait pu rester serein face à ces voix tremblantes de la liste à la mémoire des danseurs morts du Sida? Ce ne sont pas de simples noms lancés devant les festivaliers, derrière, ce sont des hommes et des femmes. Au milieu de tous, quelques bénévoles se lèvent et déploient les patchworks de noms, ils sont quatre parfois plus, parfois moins et ils tournent, chacun un morceau des carrés de tissus assemblés. On peut y lire, "Papa, tu me manques", "Jess 16 ans", "I miss you", "Roxanne et Cédric", "à Henri", "Vous resterez tous à jamais dans nos cœurs", "Ne soyez pas indifférents", etc… En fond sonore, Anthony and The Johnson chante
You are my sister…
L’heure est presque passée, d’un seul homme ou presque, le public s’est levé et s’est avancé, toujours silencieux, vers la scène. Chacun s’est trouvé un morceau d’herbe où s’allonger, pour clôturer la cérémonie.
On savait tous, de façon encore plus poignante, pourquoi et pour qui il ne fallait cesser de se battre.
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