Une réflexion qui se veut drôle sur nos étranges nouvelles façons de se rencontrer.
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J'ai bien ri la semaine dernière devant un panneau d'affichage publicitaire qui s'étalait allégrement sur l'avenue pour vanter les succès d'un site de rencontre. Le slogan était imparable: "N'attendez plus pour vivre un conte de fées…" et les sourires guimauves sur fond de cœurs vermillons de deux mannequins énamourés à la plastique idéale.
• MEETIC, ULTEEM, JECONTACTE.COM, www.quoimagueule.fr, www.moipourtoi.fr, TOURNEZ MANEGE, LE BACHELOR, LE SPEED DATING: un déballage de possibilités, un piratage de l'intimité, un matraquage de publicités sur fonds de commerce amoureux qui laissent songeurs…
• Allons demeurons ringards dans nos façons de penser: si même l'amour devient lucratif aujourd'hui, sur quelle valeur gratuite pouvons-nous compter?
• Admettons que l'on éloigne l'aspect éthique un moment, réalisons à quel point nous sommes pris pour de naïfs candides qui adhèrent à la théorie panglosstesque (pan-grotesque oui…) que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles: en effet, on arrive à nous faire croire qu'en tendant la main aux entreprises adéquates toujours prêtes à partir en croisade amoureuse pour notre beau portefeuille, en culcultant de la bouche lors des émissions de télé-réalité qui obligent l'humain à se délester de toute pudeur et d'authenticité, en détruisant nos pupilles surexcitées devant l'écran de notre P.C émerveillé des possibilités de rencontres multipliées que propose le net, nous serons comblés! Non, non et non! À ces bourrages de crânes pleins d'espoir, à ces sites manipulateurs et machiavéliques (si si…) qui sucent jusqu'à la moelle nos sursauts d'illusions et sont des bombes à retardement du désoeuvrement de milliers d'individus de tout âge au lit, criant famine. L'amour devient aujourd'hui – par le biais de ces entremetteurs de toutes formes - le jouet d'un manège de probabilités qui dysfonctionne: un invididu A, désespéré, entre avec la promesse d'être à 100 pour 100 satisfait. Un individu B, au bord du suicide mental, se pointe au même carrefour onéreux. Et…. ouiiiii, ils ont un point commun évident: leur gouffre sentimental. Aussi, aromatisée de quelques paillettes histoire de… et secouée à la sauce "coup de foudre inattendu malgré la grille monstrueuse et froide de critères dûment remplie par chacun et empêchant toute surprise et fantaisie", leur rencontre arrangée a toute l'apparence d'une idylle parfaite.
Sauf que six mois plus tard, A, revigoré et ayant repris de l'assurance croise le chemin internautique d'une brune C à la cervelle mesurée mais au popotin prometteur. Il laisse B... croyant que… et un matin de deux jours plus tard, C plante A pour un certain monsieur D rencontré sur un autre site de rencontre et au profil tout à fait prometteur, qui la laissera pantelante et dépressive deux ans plus tard au carrefour d'un speed dating pas tout à fait prémédité où il aura rencontré E, chevelure auburn sur lentilles bleu lagon, pleine de promesses. Retour au point de départ. Cercle vicieux. Parce que, même si l'on ne refuse pas l'hypothèse que la rencontre orchestrée par le site matrimonial puisse être fructueuse et positive, c'est tout le système de pensée qui lui permet de se concrétiser qui la fait dérailler lui-même. "Je peux résister à tout sauf à la tentation" disait Oscar Wilde. Comment en effet ne pas être tenté d'aller sans cesse rechercher si l'herbe du voisin n'est pas plus verte que la nôtre? Surtout si on vous placarde en 3mètres sur 3 des pelouses attractives qui semblent être des Edens chatoyants? Nous sommes une génération qui surenchérit toujours: l'insatisfaction nous est inhérente car elle nous est insufflée par les publicités prometteuses de toujours mieux, toujours plus vite, toujours plus fort. Alors pour vivre heureux, vivons cachés…? Redevenons de bons sauvages? Des Paul et Virginie protégés de la perversion des réclames clignotantes favorisant les succès passagers…? Ce qui a changé depuis des siècles, ce n'est pas le fond de l'homme, ce sont les tentations multipliées. Comment construire et trouver un équilibre si les schémas amoureux sont plantés sur ressorts et que régulièrement, une PAUSE préparant la touche EJECT s'annonce pour la lecture future d'une nouvelle bande. Toujours la même musique… Euh non… justement… Et pourtant, c'est terrible comme les rêves véhiculés par les contes de fée… les "ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfant…" sont des accroches chevronnées à nos cortex de midinettes. On a beau être de son temps, on lutte à contre temps. On y croit en secret. Mais ne nous sommes-nous pas tout simplement fourvoyés sur la façon d'interpréter ces textes sacrés? Quel était leur objectif réel? Et si l'on y cherchait simplement à consoler les vieilles filles incasables à coup de maximes sages distillées dans les textes de Perrault et autres moralisateurs perfides. À coup de mots choisis par des aèdes, sans doute payés par le Grand Ordre Matrimonial embarrassé, on les enjoignait à la patience ou au renoncement. "Il faut savoir attendre" ( maxime déclinée avec beaucoup d'ironie sourde dans la morale de la Belle au Bois Dormant) était un credo non préjudiciable qui avait l'avantage de préserver la virginité des colombes défraîchies et désespérées. On évitait les débordements dans les bottes de foin, bottes de soldats de loin…. activités champêtres dont ces jeunes femmes auraient pu s'arroger du droit si la morale n'avait pas tout gâché. Et puis, au pire, jadis, on avait le couvent, solution de répit acceptable, porte de secours honorable des implaçables. Les contes de fées… modèles désuets pour notre siècle désenchanté... sont devenus un filon idéal à exploiter!
Les nouvelles entremetteuses-marieuses ont perdu en jupons de dentelle ce qu'elles ont gagné en dents longues et en attaché-case. Alors aujourd'hui, sans doute pour soulager le monde de rêveries trop éthérées, pour lui éviter cette saine simplicité de mœurs et de positionnement vis-à-vis de valeurs aussi ennuyeuses que la tendresse, la fidélité, le soutien, la gentillesse, l'univers des contes a laissé place à un monde de technologie plus matérialiste, plus éphémère et peut-être plus violent. En 2008, on ne peut plus rêver, c'est interdit… ou ça ne se fait plus, c'est selon… Mais, parce qu'il faut laisser le sale espoir à l'homme…. Merci Pandore… on a substitué malignement à l'inexplicable mouvement de la vie et des choses, à ce mystérieux passant qui s'invite sans crier gare nommé destin… la technique. On persuade l'humain qu'il n'y a plus de fatalité, qu'on ne naît pas princesse certes mais qu'on le devient! Goldman, on se rappelle, à grands coups de poumons rockés, expliquait aux jeunes femmes éplorées qu'il faut se bouger, "parce que tu n'es pas née jolie" et il poussait une génération de pauvres hères sentimentales à s'épuiser d'ingéniosité pour être potable et validée au test d'entrée au mariage. Oui, aujourd'hui, fini le rêve des sept marraines... La magie est devenue has-been. On sait qu'elles ne se penchent pas sur notre berceau... sauf peut-être la vieille, celle qu'on croit toujours morte mais qui est tenace et se réjouit toujours de pouvoir saupoudrer quelques malheurs futurs au-dessus de notre tête vernissée de sang, la bouche hurlante et déjà consciente des douleurs que nos parents chéris nous offrent en partage.
On est réaliste. On a l'extrême veine au vingt-et-unième siècle de voir les difficultés de front: pas d'enrobage miellé de combats chevaleresques, de dragons domptés, de marraines bienveillantes… non, pas de refrains vieillots, pas d'aveuglement, pas d'euphémisme. En amour en tous cas. On ne rêve plus: on agit. Même les barbies divorcent et vont faire des séances de gym ou de relaxation Mais réjouissons-nous ! Le monde moderne a trouvé des substituts, aigres palliatifs, aux sept fées pour tâcher d'aider l'individu X à trouver au bon moment T le type Y qui lui conviendra parfaitement pour vivre pleinement conscients une histoire qui ne sera pas facile et auto-programmée par le siècle désabusé à s'édulcorer de tromperies et moultes autres petites bassesses quotidiennes.
Attention cette idylle s'auto-détruira dans…. 2 mois… 1 mois …
Nous sommes des James Bond aguerris de l'explosion amoureuse. Ben oui: on le sait, c'est la télé, notre chewing-gum des samedis soirs sans projet, qui le dit et on le vit mieux quand on y est préparé, non ? Aussi pour faire de nous des héros et héroïnes parfaits pour assaillir un cœur, nous avons la fée chirurgie, la fée diète, la fée salle de gym, la fée Acadomia, la fée Morgan, la fée Ikéa et bien d'autres…. et si l'on n'est évidemment pas sûr de trouver l'âme sœur grâce à elles, bigre, de l'enthousiasme! Nous ne passerons pas complètement à côté de la Belle au Bois Dormant: nous sommes au moins sûr de finir dévorer par des insectes grouillants!