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"L'armée des chenilles" de Pierre Vinclair
Si comme beaucoup de lecteurs pressés vous lisez la quatrième de couverture du premier roman de Pierre Vinclair, vous n'apprendrez rien...
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... A moins que vous ne n'aimiez les devinettes et que vous vous laissiez interroger par le seul mot digne de vous mettre sur la bonne voie : fantôme. Et en sachant que fantôme et fantasme ont la même étymologie.
Errance
René cherche son père. On ne sait pas très bien pourquoi. Peu importent aussi comment. Le roman de Pierre Vinclair est assez confus dans sa façon de commencer une histoire qui veut ressembler à une histoire. René sent-il que son père n'est pas celui qu'il croit ? René se trompe-t-il de père en allant voir un dénommé Luis, ancien amant de sa mère, Ellen ? Ou ancien mari ? René avance, questionne, traverse des rues, des avenues, puis disparaît, laisse sa place aux autres, Luis, Ellen, Pierre. Et Pierre, est-il vraiment Pierre, ou un autre, plus connu sous ses pseudonymes d'écrivain sans grande envergure ? Finalement, à chercher un père on finit par en trouver un. Et comme on est là dans un roman, avec du romanesque, celui-ci vit au Japon, et pourquoi pas proche du premier drame nucléaire du siècle dernier.
Erreurs de débutant
Pierre Vinclair traite l'histoire de René avec la même énergie et les mêmes erreurs qu'un réalisateur de cinéma débutant. On trouve tout, ou presque, des chapitres courts et intitulés, de la poésie, des paragraphes alignés comme des proverbes ou des psaumes imitant le Pascal Quignard de Vie Secrète, des notes de bas de pages plus longues que le chapitre lui-même comme Robbe-Grillet dans La Reprise, des citations dont le procédé est cher à Philippe Sollers. On est assez embarrassé aussi par les tournures vieillottes, le lyrisme moisi, les images ridicules, la volonté d'être vulgaire, le passage du présent à l'imparfait, ou du "je" au "il" sans que ne soit pensé le changement de point de vue provoqué par cette méthode, l'emphase de passages trop cultivés qui démasquent la culture du professeur de philosophie qu'est Pierre Vinclair.
Un écrivain prometteur
Il faut attendre la fin du roman pour comprendre, ou accepter de comprendre, que la forme seule est le grand intérêt de ce livre, que le fond n'est pas si passionnant que ça. Et forcément, le lecteur est un peu déçu par l'exercice. Il n'en demeure pas moins que ce livre nous fait découvrir l'univers d'un auteur né en 1982, donc jeune, univers étrange où la terre, peut-être celle de son Auvergne natale, a comme un goût de sang. Lavé de toutes les anfractuosités d'une langue trop riche, trop classique, Pierre Vinclair saura, on le pressent, nous offrir un deuxième roman plus charnel, plus vrai. Bref, attendons que les chenilles se transforment en papillons.
L'armée des chenilles de Pierre Vinclair.
Editions Gallimard. 13. 90 euros