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Critique
Iron Maiden à Bercy: sonné mais debout
Les deux premières soirées de juillet, le Palais omnisports de Paris-Bercy a tremblé sous les assauts sonores d'Iron Maiden. Une Vierge de Fer quelque peu vieillissante, mais qui bénéficie encore de beaux atouts...
L'affiche du Somewhere Back in Time World Tour 2008.
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C'est à la longueur de la file d'attente des sanitaires masculins du POPB, que l'on reconnaît la nature du concert qui s'y donne ce soir. Le heavy metal est avant tout une affaire d'hommes, même si les femmes ont également droit de cité. Et elles ne se gênent pas, toutes de noir vêtues, à la limite du gothique, arborant, comme tout un chacun ici, tee-shirts ou batteries d'écussons à l'effigie de leurs idoles. Car pour les fans, Iron Maiden, c'est d'abord une histoire de passion.
On va donc aux petits coins parce que l'on a beaucoup bu (de bière), ou, au contraire, pour s'y rincer le gosier, sec d'avoir trop fumé (diverses substances). Et, surtout, pour s'y préparer: les hymnes à reprendre en chœur, ce n'est pas ce qui manque dans le répertoire de la bande à Steve Harris. Il s'agit donc de s'éclaircir les cordes vocales. Puis l'on revient en salle, patienter sagement que les lumières veuillent bien s'éteindre.
Les métalleux vieillissent aussi
On passera rapidement sur les deux premières parties, dont l'une n'est autre que Lauren Harris, la fille du Steve. L'autre? Une formation dont on ne saura jamais le nom, mais dont les oreilles, éprouvées, risquent de se souvenir pendant longtemps. Enfin, devant un parterre à bout de nerfs, ils arrivent. Premières mesures, premiers soulagements: Bruce Dickinson court, saute, gesticule comme à son habitude. Comme on l'aime. Mais première déception également, en découvrant un chant soutenu par des effets de micro lors des parties difficiles. Et, dès ce Aces high d'entrée, on réalise que même les plus vaillants des "métalleux" vieillissent.
Et ce son! D'un point de vue acoustique, Bercy n'est certes pas une structure idéale. Mais Maiden est justement réputé pour la haute tenue de son son, capable de sonner même dans un bocal à poisson. Que se passe-t-il donc ce soir, pour que les meilleurs morceaux – Two minutes to midnight, Moonchild, The Clairvoyant, Hallowed be thy name – évoquent davantage le marteau piqueur que la chevauchée héroïque dans laquelle, en d'autres contextes, elles ne manquent jamais d'embarquer l'auditeur?
Dès lors, l'anxiété augmente à mesure que se rapproche le clou du concert, le moment tant fantasmé et qui, à lui seul, nous a décidé à l'achat de notre dixième place pour un concert d'Iron Maiden; la pièce la plus achevée de l'histoire de la New Wave of British Heavy Metal, l'épopée ultime que le groupe, après sa tournée Powerslave en 1985, n'aura plus jamais offert à ses fans venus à lui: Rime of the ancient mariner. Ça y est, elle est là... Riff d'attaque – aïe – couplets, pont – aïe, aïe – reprise – aïe, aïe, aïe... Déçu, on l'est forcément. Mais, après tout, pouvait-il en être autrement? Qu'importe! on aura tout de même vu un fameux rêve se réaliser.
De beaux restes
Mais le sextet possède quelques beaux restes, qui éclatent à l'occasion d'une sublime reprise de Number of the beast – d'ailleurs, l'ont–ils déjà aussi bien joué en concert? – ou lors d'un Heaven can Wait qui, après une absence de plusieurs tournées, se voit enfin réintégré au répertoire scénique. Et puis, il y a Steve Harris, bassiste, auteur, compositeur, un leader qui galvanise ses troupes avec l'énergie de ses vingt ans pourtant envolés depuis des lustres. Et tandis que Dickinson semble s'épuiser au fil des chansons, lui ne faiblit pas d'un cheveu.
Alors ce soir, pour lui, on aime Iron Maiden. On pardonne les faiblesses, les radotages, le grand âge. On sourit de l'inévitable Eddie en carton pâte qui, à l'heure où la vidéo et les expérimentations visuelles se multiplient sur les scène du rock et d'ailleurs, arpente depuis plus de deux décennies les planches du groupe, transformant immanquablement ses prestations en séances grand-guignolesques. Comme si la Vierge de Fer refusait de grandir, par peur de devenir une vieille dame trop digne. Une telle obstination force le respect.
Note :  (2 notes)
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