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Critique

De Rembrandt à Vermeer, l'âge d'or de la carte vermeil...

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Le 16/10/09 - Lu 792 fois - 0 commentaire
"Circulez, y a rien à voir" à la Pinacothèque de Paris!
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Mercredi 14/10/09 - 14H 45

Jour des enfants. Avec ce beau soleil on les imagine gambadant dans l’herbe verte. Bien vu puisque pas vu un seul bambin dans la file d’attente qui longe la Pinacothèque de Paris.

Jour des vieux si j’en crois la moyenne d’âge des visiteurs. La France vieillit nous dit-on, qui paiera la retraite de cette armée de centenaires en puissance? nous demande t-on comme si nous n’étions pas suffisamment angoissé par le temps présent. D’ailleurs l’inquiétude m’envahit à l’évocation d’une autre question toute aussi menaçante: combien de personnes sont-elles déjà présentes dans les salles de l’exposition?

Interlude animalier



À l’automne, le vieux migrateur s’ébroue une dernière fois pour tenter une sortie au grand jour avant d’hiberner à l’abri de la monotonie douce amère de son quotidien calfeutré. Mais le rayon de lumière qui darde au sommet de son crâne ou le souffle d’air frais qui ondule sur sa mise en pli aux reflets violacés ne sauraient suffire à réchauffer l’édifice en péril qui lui tient lieu de corps. Il déambule toujours accompagné, en couple, en groupe, en club car toutes les amicales de quartier sont bonnes pour trouver un peu de chaleur réparatrice sur le chemin du musée, nid douillet et délicieusement cultivé où il fera bon se reposer.

Démarrage à froid


Piaillements et caquètements devant les caisses où l’on s’acquitte gentiment de la modique somme de 10 euros, Paris vaut bien une messe, Rembrandt et Vermeer aussi. Après tout, au cinéma il est convenu de laisser chacun raconter sa vie aussi exceptionnelle et misérable soit-elle avant que le film ne commence. Mais la suite de la visite nous montrera que si nous ne sommes pas dans une salle de projection, un drôle de cinoche nous y attend…

Je gravis quelques marches plongées dans la pénombre qui ne débouchent sur aucune clairière. Face à moi, un gardien dans son bel uniforme me conseille, aimable mais ferme de bien vouloir suivre le sens de la visite. Ici le vagabondage n’est pas de mise, il ne s’agit pas de bailler aux corneilles sur les chemins de traverses de l’art mais de circuler pour fluidifier un parcourt congestionné, ce qui n’est pas sans me rappeler la formule d’un humoriste de talent aujourd’hui au panthéon de la mémoire collective.

"Circulez, y a rien à voir!"

Embouteillage sacré


Parce que l’abcès est increvable, je tente de me faufiler tel une bactérie dans son bouillon de culture hollandais. Je zappe sur les œuvres des premières salles prises d’assaut mais mon sacrifice héroïque fait un flop car le labyrinthe embouteillé n’est constitué que d’un entrelac de cagibis où les peintures et les gens s’entassent à la place des balais et autres serpillères. Au passage, je déchiffre le titre d’un cartel géant censé enrichir avec des mots, les images que je n’ai toujours pas réussi à approcher. "Rembrandt, le plus grand peintre du monde." Voilà qui sans aucun doute, éveillera toute la palette des nuances de ma sensibilité artistique…

Commérage enragé


Batteries à plat, je décide de me jeter au hasard sur le premier espace qui se libère. Je négocie mon créneau habilement sans avoir à jouer des coudes mais d’un petit coup de hanches langoureux et me retrouve nez à nez avec un portrait d’homme signé Frans Hals en 1635. Que dire de la communion de ce court instant? Rien en terme esthétique, si ce n’est qu’en me transformant en statue de sel, je croyais pouvoir établir un semblant de communication avec cette image. Mais que répondre à cet être en deux dimensions qui me dévisage avec la curiosité d’un chimpanzé et me demande tristement qui de nous deux est enfermé dans la cage?

C’était sans compter avec la floppée de volatiles qui se bousculent à mes côtés et coagulent dans l’étreinte du commentaire croisé version Nouvelle Vague. Je cite:
Elle - "Mon amie Catherine s’est remise à la peinture, je suis bien contente pour elle. Oh, cet œil, c’est vraiment bien peint, regarde là comme c’est…, mais non pas là! Ici! Elle va mieux, tu sais, je suis bien contente pour elle. C’est très difficile de peindre un œil!"
Lui - "Et lui dans tout ça? Moi, je suis très inquiet pour lui."

dérapage incontrôlé


Vissé sur mon rocher tel une moule hargneuse, je débranche mes pavillons et tente une approche autistique avec l’ami Frans. Je suis à la trace les coups de pinceaux dans la pâte malléable et savoure des papilles le jabot en dentelle à l’onctuosité d’une crème fraiche. Des rehauts de noir tissent leur sillon dans le maillage délicat et sophistiqué du tissu. Virgules en suspension, doubles croches au rythme du palpitant qui se moquent de la logique dans la succession des plans puisqu’on les retrouve jusque dans les poils du bouc ocre rouge de l’homme.

-"Oh la la, vous restez une heure devant les tableaux!" se plaint une dame d’une voix chevrotante. Excédée, elle embraye directement en seconde et surgit en trombe devant nous. Elle se fraye un passage dans la meute et manque de peu de chuter contre le tableau. Stupeur dans l’assemblée, le niveau de CO2 relâché grimpe d’un niveau et encourage encore un peu plus la prolifération des champignons sur la malheureuse peinture qui finira comme Lascaux dans un coffre blindé sous perfusion. Haro sur la bête, lâchez les chiens pour la mise à mort du conservateur du musée! Au piloris, le commissaire d’exposition! À la lanterne l’attaché de presse! Au petit coin nauséabond le scénographe! Au lance flamme le régulateur de la fréquentation des lieux!

Voilà un fait divers en puissance qui aurait fait les délices d’un Félix Fénéon. Quelque chose du genre, "Pinacothèque de Paris: drame d’amour muséal entre une femme et un homme dont on taira la différence d’âge."

15H 30 - DÉCROCHAGE


D’ici peu de temps, on nous assènera comme une victoire sur l’analphabétisme le nombre considérable de visiteurs à s’être rendus à cette exposition. Mais pour y voir quoi? Voir Vermeer et Rembrandt et mourir ? Oui, dans de telles conditions, plutôt crever!

L'Âge d'or hollandais - de Rembrandt à Vermeer - Pinacothèque de Paris, du 07 octobre au 07 février 2010.
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