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Dominique A. contre la pose esthétique
La BD est un domaine qui tient à cœur à Dominique A. Ce sont 31 dessinateurs qui ont été invités par Loïc Dauvilliers (Editions Charrette) fin 2007, à laisser divaguer esprit et crayon sur l'univers musical du fer de lance de la lofi en France.
Dominique A. © 2007 Frank Loriou.
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Trame 9: Comment est né le projet?
Dominique A.: Loïc Dauvillier avait lancé l'idée il y a 4 ans. Il a fait appel à des dessinateurs qui s'intéressaient à mon travail, et je pense que ça se sent dans leurs illustrations. Le résultat est assez beau, assez simple, une bichromie dotée d'un joli bleu… Ma portion de travail a été congrue; j'ai suggéré quelques noms, dont certains sont présents, comme Stephano Ricci et d'autres pas, Debeurne n'a pas fini à temps, dommage… Le reste du casting a été établi par Loïc; je connaissais Rabaté, Bézian, Bourhis, Alfred, mais ça m'a permis de découvrir des tas d'autres traits! Dans l'ensemble, je trouve qu'il y a une très bonne tenue, davantage que ce que j'attendais; je me méfie des projets compilatoires, et comme je ne connaissais pas trop les auteurs, je m'attendais à un truc un peu fanzinesque, or le projet fini se tient vraiment! Même si je suis surpris par le fait que beaucoup d'illustrations soient collées au texte, des images figées, moins interprétatives qu'illustratives. Mais je me sens proche de la sensibilité du trait de la majorité des gens qui ont dessiné.
Il y a deux ans, tu avais eu un coup de cœur pour Taniguchi; qu'as-tu découvert de beau depuis?
En manga, je retiendrais Shigeru Mizuki, Cornélius a fait du super boulot. Dans un registre plus classique, j'aime bien Les amours fragiles, chez Casterman, une histoire sous l'occupation, très fine. J'aime aussi beaucoup le trait d'Anke Feuchtenberger, qui a notamment fait La Putain P – elle devait participer au bouquin et a fait faux bond pour des raisons inexpliquées. Dernièrement, j'ai lu la BD de Cestac sur Futuropolis; un beau témoignage sur l'époque, assez nostalgique, en même temps très amusé… C'est fou parce que j'ai eu le même sentiment en voyant Control, le film sur Joy Division: tu as vraiment l'impression d'une période bouts de ficelle, système D à fond les manettes, et finalement c'est ça qui reste! Comme si une certaine "difficulté du faire" maximisait l'apport des neurones, c'est épatant! En tout cas c'est assez fascinant, affectueux envers des gens, sans aigreur à propos d'autres choses.
… Le rachat de Futuropolis par Soleil par exemple?
Elle n'en parle pas trop, il n'y a même pas de diatribe contre Boudjellal (rires). Ce n'est pas Plates bandes de Menu! Je trouve d'ailleurs la collection Éprouvette de l'Association vraiment pas mal; le Désoeuvré de Trondheim y est excellent, tout ce qu'il y aborde est aussi perceptible dans les dépressions de Franquin, Gigé… Sur le même genre de thématique, je recommande chaudement le bouquin de Mahler, L'art selon Mme Goldgruber, où il raconte ses histoires avec sa comptable!
Et Larcenet ?
Je suis partagé. J'ai trouvé Le combat ordinaire pas mal, il raconte bien les choses, notamment dans le 2e tome, quand il parle de cet ouvrier qu'il connaissait et qui vote FN, c'est plutôt bien foutu et assez troublant, il y a une certaine véracité. Après, je trouve qu'il y a des moments où il caresse les lecteurs dans le sens du poil, c'est un peu ce qui me gêne chez lui. Mais bon, rien à voir avec les reproches que lui fait Menu, il y a un tel excès… J'ai du mal avec les gens comme ça. C'est certes ce qui leur permet d'être créatifs, et finalement de proposer quelque chose de fort comme l'Association, mais en même temps c'est tellement doctrinaire, radical, tu as l'impression d'entendre parler de vieux cocos! Tout ça ne débouche que sur de l'aigreur, ou – ça n'est pas son cas – sur du retournement de veste. Or, l'aigreur c'est quand même la chose contre laquelle il faut se battre – et j'en parle en connaissance de cause parce que c'est un sentiment que je peux éprouver aussi. Mais je me dis que quand tu vis de ta passion, tu n'as pas le droit d'être aigri. Plate bandes est super drôle, bien mené, bien argumenté, mais l'aigreur pointe son nez à tous les bouts de page; c'est ce qui rend les choses illisibles ou les gens inabordables. Et concernant le graphisme, il y a toujours, chez les gens qui viennent du fanzine, de la litho, du post punk ou de l'alternatif, cette sanctification du crade qui me gonfle! Pour moi, c'est une pose esthétique.
Propos recueillis par Julie Bordenave
Note :  (3 notes)
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