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Léona dite Nadja, l'autre visage de la muse d'André Breton
Hester Albach, romancière néerlandaise et française d'adoption, signe avec Léona, héroïne du surréalisme, une enquête biographique remarquable.
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Qui était celle qu'André Breton, le père du surréalisme, nomme Nadja? A-t-elle vraiment existé d'ailleurs?
Ces questions ont déterminé Hester Albach à en savoir plus et à mener une enquête digne du plus fin limier.
Une détective littéraire
Seulement le talent de cette détective littéraire pourfend les limites du genre. Au roman policier, elle associe une trame psychologique tout à fait plausible. Jouant avec le lecteur comme avec l'histoire de Breton, elle dépasse le maître pour servir son - leur - héroïne, une femme marginale trop à l'étroit dans ses robes et la mentalité des années dites folles.
Tandis que Hester Albach reconstitue le puzzle de l'existence de Léona, celle que Breton appela Nadja, et dont il s'inspira pour construire son livre phare, Hester Albach décrit Léona de l'intérieur, ressentant avec elle, dans un élan d'empathie et de compassion, les souffrances que traversa cette jeune femme qui tentait de survivre à Paris et qui finira ses jours dans un asile.
Entre ou hors les murs?
"On dit que l'internement dans un asile est le meilleur moyen de rendre quelqu'un fou, observe-t-elle. La quête de liberté que Léona avait obstinément menée s'achevait dans la solitude de l'enfermement."
Et l'on ne peut s'empêcher de penser à Zelda Fitzgerald, l'épouse du grand auteur américain, et à Séraphine de Senlis, des femmes artistes de la même époque qui, à l'instar de Léona, se retrouvèrent entre les murs d'un hopital psychiatrique pour avoir osé désirer être un peu elles-mêmes.
Comme le souligne avec intelligence et coeur, miss Albach, aujourd'hui, on soignerait certainement ces femmes autrement.
La folie n'est pas tant ce que l'on prétend, elle correspond plutôt à une inadaptation, à une différence de comportements, à un isolement, à une incompréhension de la vie qui prend de l'amplitude par le jugement des autres et leur manque d'écoute.
Une initiation
Pour Hester Albach, Nadja représente un roman initiatique: "Ce qui caractèrise une initiation, explique-t-elle, c'est qu'aucune forme d'information ou d'enseignement ne saurait la remplacer."
Ainsi, il ne s'agit pas ici de terminer une banale critique littéraire mais de transmettre une invitation, celle de pénétrer dans un être, à la suite d'une romancière, de s'oublier et de réaliser une plongée hors du temps.
Léona héroïne du surréalisme, Hester Albach, Actes Sud, 2009