Jusqu’au 8 octobre 2009, je détestais Beigbeder. Je ne le connais pas. Mais il n’empêche. Tout dans ce personnage public m’insupportait.
Délit d’ostracisme
Son physique d’abord, alors que je me fais violence en général pour ne pas tomber dans le délit de sale gueule. Son physique, disais-je. De grand dégingandé, maigre, efflanqué. Le cheveu raide et gras.
Sa façon de se tenir, ensuite, qui lui donnait un air suffisant. Arrogant. Insolent. Méprisant. Bref… je vous ferais grâce des exemples trouvés dans le dictionnaire des synonymes.
Son snobisme me révoltait; sa pédanterie m’empêchait de regarder ce qu’il avait de séduisant: ne serait-ce qu’un torse à faire blêmir Richard Gere. Quand même! Mon aversion en réalité était autre, et bien plus profonde. Basée sur la vanité qu’il dégageait et qui le privait, à mes yeux, de toute humanité.
Changement de cap
Puis une copine m’a passé son bouquin en ne tarissant plus d’éloges. Ma curiosité comme toujours balaya mes principes. Il faut être curieux, cela évite le sectarisme, les jugements à l’emporte-pièce et la sénilité précoce. Je n’avais rien lu du monsieur. Si! Ces chroniques littéraires dans
Voici ou
Voilà. Pas mal… Mais une critique n’est jamais qu’un billet, un exercice de style vite torché. Alors qu’un roman, une autobiographie, un essai apportent une autre dimension à l’écriture. Et l’adaptation (bien que relativement réussie) de
99 francs ne m’avait pas convaincue du talent de ce publicitaire converti à la littérature. Usant de la même suffisance propre à cet infatué, je daignais cependant m’intéresser à son témoignage de vie.
Un (excellent) roman français
Or, il se trouve que dès la première ligne, le dernier ouvrage de Frédéric Beigbeder m’a littéralement transportée. Terminée l’aversion. Je ne suis même pas tombée en compassion, selon mon habitude. Non! C’est encore plus fort que cela: j’ai adoré.
La construction, le découpage de l’histoire. Le ton, surtout. Elégant, stylé, classieux, certes mais tout autant authentique, sincère, drôle, beau, puissant et… affectueux.
Sous l’imperméable du dandy de la jet-set, figurez-vous qu’il y a un cœur qui bat. Et on le découvre en lisant sa prose. Un vrai scoop? On en a vu d’autres, telle Louise de Vilmorin, devenir victimes de leur réputation de mondains qui a nui à leurs mérites d’écrivains. Frédéric Beigbeder aurait pu compter parmi ceux-là. Mais c’est à espérer qu’il décroche le Goncourt (oui, carrément) pour qu’il se montre enfin à la hauteur de sa véritable nature: un gentilhomme qui n’aurait nul besoin de se cacher derrière les faux semblants et le jeu des apparences pour se révéler tel qu’il est ou du moins tel qu’il écrit. Pour le plaisir de tous.
Un roman français (2009)
99 francs (Poche - 2004)
Windows on the World - Prix Interallié 2003 -
Mémoires d'un jeune homme dérangé (Poche - 2001)
L'Amour dure trois ans (Poche - 2001)
Nouvelles sous ecstasy (Poche - 2000)
Vacances dans le coma (Poche - 1997)
Le S.N.O.B: le site non officiel de B.:
www.beigbeder.net/
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