A lire
Emmanuel Parmentier – des solitaires pas si seuls finalement
Emmanuel Parmentier, tout juste trente ans, est un écrivain touche-à-tout. Contes pour enfants, romans, poèmes… Il nous livre une fresque de neuf nouvelles dans son recueil intitulé "Solitudes".
Neuf nouvelles
Neuf histoires. Neuf vies. Un quotidien banal pour des jeunes gens, des femmes et des hommes entre deux âges ou beaucoup plus matures, qui ont chacun un vécu qui se voudrait identique au nôtre. Les personnages d’Emmanuel Parmentier nous ressemblent, un peu ou de façon certaine, ils sont humains, ils se sentent seuls avec leurs problèmes et leurs espoirs. Toutes ses histoires ne finissent pas bien, le happy end universel n’est pas la vraie vie. C’est aussi le charme de ces nouvelles.
Par principe, la nouvelle se doit d’être fluide, rythmée, elle doit nous emmener hors des sentiers battus, très vite, sans répit. Aucune seconde à perdre pour un dénouement qui doit être insoupçonnable. Un final que l’on n’attend pas, c’est une conclusion explosive, donc réussie.
Un dénouement trop vite cerné, c’est la magie qui n’opère pas, le soufflé qui retombe... Une des plus grandes difficultés de la nouvelle. Je concède en toute franchise avoir été frustrée sur la Tarte aux Quetsches. Trop vite décelée, et pourtant elle avait bon goût (enfin je crois...)!
Emmanuel Parmentier use d’une écriture simple, le quotidien ne souffre pas de sophistication. Il a un style léger, parfois presque enfantin. Sauf pour la première histoire. A ne surtout pas laisser entre les mains de la jeunesse! Un Rêve Erotique dans le métro. Sans ménagement.
Short Cuts
Le recueil est construit comme des Short Cuts. Les nouvelles sont imbriquées les unes aux autres, non pas par le scénario, mais par les personnages. C’est un ensemble, pour au moins sept des neuf chapitres.
De la jeune fille violée par des garçons encanaillés parce que fortement alcoolisés et entraînés les uns par les autres à l’irréparable. Une nuit, sur les quais de Seine.
De ce détenu bientôt libéré. Qui devrait s’en réjouir. Mais qui ne peut pas. Personne ne l’attend dehors. Il a construit sa vie entre quatre murs. Et puis les hommes qui partagent sa cellule vont rester, eux. Dehors c’est l’inconnu. Il sera seul, face à lui-même.
Du garçon qui ne dort plus parce qu’il a commis un acte ignoble. Celui d’avoir participé à un viol en réunion. Sur les quais de Seine. Il n’a rien fait, lui. Non. En effet. Il n’a rien fait pour l’empêcher. Mais il est torturé. Il est seul. Sa conscience. Il fait semblant. Jusqu’au jour où...
Du gardien de prison, bon père de famille et époux modèle, qui fraternise avec une jeunette rendant visite à son frère incarcéré. Sentiments naissants. Amitié? Amour? Conséquences?
De cette institutrice qui a perdu un enfant. Le sien. Qui trouve la force de survivre au contact de ses écoliers alors que son mari n’y arrive plus. De cette vie impuissante qui doit continuer. La douleur de l’absence. Un pardon. Le renouveau?
De l’adolescent solitaire qui ose draguer sa voisine. Avec un dictionnaire.
De ce vieil homme mis en maison de retraite sans son consentement. Qui ne veut pas mourir. Qui occulte le contact du troisième âge décrépi, qui multiplie les bêtises pour se faire renvoyer. Qui veut sa maison. Vendue tôt ou tard. Comme un couperet. Voyage sans retour, donc. Un arrêt de mort?
Avec cet ouvrage, Emmanuel Parmentier n’en est pas à son coup d’essai. Une jolie plume.
Solitudes d'Emmanuel Parmentier, Editions les Nouveaux Auteurs, 17 euros.