Critique
"Sur la route " - rouleau original - Jack Kerouac
Tout le monde se souvient du film de Dennis Hooper "Esay rider" qui fut considéré comme provocateur et précurseur lors de sa sortie en 1969. Cette même année, disparaissait Jacques Kerouac le père de la beat génération qui 20 ans plus tôt avait, lui aussi, arpenté les routes des USA dans tous les sens et avec des copains les plus illuminés qui soient.
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Pourquoi rééditer un roman dans une nouvelle version ?
Les quatre préfaces qui précèdent ce roman, expliquent clairement la démarche de l'auteur à l'époque de l'écriture et par la même pourquoi la version finalement éditée dans les années 50 ne correspondait plus à ce que Kerouac avait écrit d'un jet en 3 semaines début 1951.
Pour des raisons de censure et de frilosité des éditeurs, Kerouac avait du édulcorer son texte, et c'est une version assagie de son roman qui était finalement éditée le 5 septembre 1957. Pour autant, le livre faisait très vite parler de lui et des qualificatifs élogieux comme "oeuvre d'art authentique" ou "roman majeur" lui étaient décernés.
Cette nouvelle version rééditée est la version originale.
Tordre le cou à la légende
Si Kerouac a bien réellement tapé ce roman en 3 semaines en avril 1951 sur un rouleau de papier (ruban semblable à une route) il faut rétablir certaines vérités: Ce livre était en gestation depuis 1948 et Kerouac avait déjà pris quantité de notes et écrit de nombreux paragraphes. Si drogues et alcool sont omniprésents dans ce roman, prétendre que Kerouac ait écrit ce livre sous l'effet de la benzédrine semble très fantaisiste. De l'aveu même de l'auteur, c'est plutôt le café qui l'a aidé à tenir lors de ce marathon scriptural de 3 semaines.
Epopée hallucinée dans l'Amérique de la fin des années 40"
Cette version présente les personnages sous leurs vrais noms. Williams Burroughs, Allen Ginsberg, Neal Cassidy sont, parmi d'autres, les vrais personnages de cette épopée à laquelle l'auteur à bien évidemment participé.
Neal Cassidy, principal compagnon de route de Kerouac arpente les USA en tous sens et avale la vie comme il conduit ses voitures(achetées ou volées) c'est à dire pied au plancher et sans aucune retenue. La trame de ce roman c'est vraiment la route au sens propre. Il faut aller de Denver à Chicago en Cadillac ou de New York à San Francisco en Ford pré historique car c'est là (donc ailleurs) qu'il faut être. Pas d'argent, pas de travail... qu'importe, il faut mordre la vie à pleines dents, draguer les filles, aller réveiller des vieux copains en pleine nuit pour un éventuel hébergement improvisé.
Les rencontres sont légions, en autostop ou dans les clubs de jazz où les saxophonistes jouent sur des instruments rafistolés et où le public rentre en trans, les pieds dans la sciure, en sautillant sur des rythmes effrénés de Be Bop.
Les nuits se terminent souvent dans l'ivresse et (ou) dans l'improvisation d'une prochaine destination. En Louisiane, Jack et Neal séjournent un temps chez Williams Burroughs que l'on suit dans sa salle de bain s'adonnant à la morphine avant de sortir avec sa carabine tirer sur des cibles imaginaires.
Le style de Kerouac sert magnifiquement le roman tant il est vif, instinctif et baroque:
//... j'ai vu Neal, en ange effroyable de la fièvre et des frissons, il arrivait dans un battement d'aile, tel un nuage, à une vitesse sidérale, il me poursuivait comme l'inconnu voilé dans la plaine, il fondait sur moi. Je voyais sa face immense sur les plaines, la folie de son propos inscrite dans son ossature, ses yeux étincelants...
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Dans la société américaine du début des années cinquante entre après guerre et mac carthysme ce roman est une critique féroce d'une société bien pensante. Les personnages hallucinés de ce roman ont souvent un côté mystique et prophétique qui leur faire prendre de la distance avec le quotidien. Ils veulent décider avant tout de leur sort quitte à payer cher cette liberté totale...
A ceux qui ont déjà lu la version "soft" de ce roman, je conseille vivement de lire cette réédition originale. Aux autres, un seul mot : foncez et lisez ce roman d'une seule traite. L'absence de chapitre vous y aidera.
Un film, inspiré de ce roman, est en préparation. Le metteur en scène, Walter Salles , a déjà réalisé "Central do brasil" et "Carnets de voyages (sur le che guevara)". Espérons qu'il sera à la hauteur de ce roman.
"Sur la route " - rouleau original - Jack Kerouac
Gallimard 24 euros