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Talent
Lola Lafon en concert-lecture aux Bouffes du Nord
Le 1er juillet, Lola Lafon & Leva ont investi les Bouffes du Nord, en première partie de Christian Olivier. Une bonne heure durant le groupe a repeint le décor de sa couleur musicale, de leurs mots et d'une tendre poésie, désenchantée et acide.
Lola Lafon & Leva aux bouffes du nord © Anne-Laure Bovéron.
Lola Lafon © Anne-Laure Bovéron.
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L'exercice du concert-lecture n'a rien d'un jeu d'enfants. Les écueils sont importants. C'est donc avec une pointe d'appréhension que l'on se rend à ces soirées, inquiets de savoir à quelle sauce nous serons mangés ... Celle de l'ennui ou celle de la passion?
Défi relevé
Défi relevé pour Lola Lafon & Leva, l'envoûtement a pris! Dans l'atypique théâtre des Bouffes du Nord, cent cinquante personnes environ, ont été conquis par cette lyrique lecture.
A priori, mixer extraits d'un roman et chansons d'un ancien album n'a rien d'évident. Cela pourrait même ressembler à un assemblage fallacieux, peu scrupuleux ou hasardeux qui n'aurait d'autre but que d'attirer le chaland dans un joli décor, et d'en tirer profit... C'est oublier que Lola Lafon est une artiste protéiforme qui use des mots sous toutes les coutures pour croquer les contours de son univers à la fois coloré, mélancolique et acéré. Aidée d'Ivica Bogdanic à l'accordéon, d'Olivier Lambert à la console et à la guitare et de Julien Rieu de Pey à la guitare, l'écrivain-compositrice-musicienne et certains soirs comédienne et guitariste, a donné de l'ampleur à sa bulle. Le public a suivi la chanteuse-écrivain dans le dédale de son univers tissé à coup de lecture de son deuxième roman De ça je me console et d'interludes musicaux choisis dans le premier album du groupe Grandir à l'envers de rien.
Déclinaisons du monde de Lola Lafon
C'est une Lola Lafon habillée de simplicité qui a pris place dans le décor vieilli mais romantique à souhait de la salle du nord de Paris. Pantalon noir, robe noir eaux rouges dessins graphiques et gilet noir. Sous sa blonde frange et ses longs cheveux, Lola décline les facettes de son monde. A pleines mains, elle maltraite son roman De ça je me console, en contrariant la reliure, en tournant les pages pour suivre, d'un post-it à l'autre, le rythme de l'histoire qu'elle reconstruit au fil des pages sélectionnées pour cette lecture. La traditionnelle couverture rosée de Flammarion se contorsionne sous ses doigts. Et de sa bouche émane les particules d'une vision singulière sur sa génération. Une génération nourrie de jambon / purée devant l'Ile aux Enfants, qui se gavent de souvenirs et de regrets ressassés, l'âge adulte à peine entamé. Parfois elle pousse loin le trait, sans pourtant autant renier son appartenance à ce temps, à ce qu'elle lui doit. Qu'elle marche en marge de celui-ci ne l'empêche pas d'en faire le portrait, sans dégoût ni manque de respect, seulement avec distance et parfois une amère lucidité.
Et le public accroche. Des rires aux éclats résonnent dans la salle. Les applaudissements fusent et quelques personnes entonnent les refrains de ses chansons. L'artiste, elle évolue dans la lumière tamisée. Souriant au solo de la guitare. Noyant son regard sur le sol. Valsant entre les post-it qu'elle détache théâtralement de son ouvrage. Sur mes post-it ce sont les titres des passages qui sont notés. Avec des chiffres, je n'aurais plus su où j'en aurait été, expliquera-t-elle plus tard, dans les coulisses du théâtre. A la fin du spectacle, ces marque-pages ne sont plus qu'éparses touches de couleurs à ses pieds.
Un moment inoubliable
Il n'y a pas de rupture entre les lectures du roman et les chansons. Lola jongle avec les registres, égrenant les chansons de son cru, les reprises (Barbara) ou les langues, français et italien hier tout en mettant en musique les extraits lus. Comme un fil conducteur en pointillé, des sons et des bruitages soutiennent par moment la diction, avant l'apothéose d'une chanson ou le retour à la musicalité de la voix calme de Lola Lafon.
Au-delà de la récitation méticuleuse, l'écrivain-chanteuse interprète ses propres mots. Et sa lecture donne alors voix à son travail d'écriture. Elle fait vibrer la construction des mots sagement couchés sur le papier. Peu à peu apparaît la silhouette d'un portrait, celui des deux héroïnes présentées ce soir-là, d'une génération, d'une France … Mais aussi, celle d'une plume, d'une identité littéraire. Par cette lecture, le public est invité à pénétrer dans le regard de l'écrivain, à découvrir comment, elle, auteure de l'histoire, la vit. Par son jeu de scène, certes minimaliste, Lola Lafon donne corps aux personnages qu'elle a fait naître à l'écrit. Sans peine aucune, dans l'imaginaire des auditeurs, apparaissent les protagonistes. La justesse des silences, l'exclamation d'un "cretino" et autres intonations, la respiration entre chaque passage facilite l'immersion dans l'univers de l'artiste.
Ce soir là, ce n'était pas vraiment un concert-lecture ni une mise en scène théâtrale ni une interprétation sensible, ce fût tout à la fois et bien plus encore... Alors, comme Emylina, la jeune héroïne de son roman, promettons-nous de "ne rien oublier "de ce moment.
Anlor a été invitée par Obiwi.
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