Critique
Opéra punk: "Le temps des gitans" de Kusturica
Emir Kusturica présente "Le temps des Gitans" au Palais des Congrès à Paris.
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A Paris en ce samedi après-midi il n'y avait qu'un endroit qui valait le coup. Avant et après il faisait moche. Devant et derrière c'était futile. A l'endroit c'était cynique... là-bas on a eu droit à l'envers et aux travers d'un morceau de vie... le tout sur fond de musique tzigane.
Le concept d'Opéra Punk
Difficile de parler rétrospectivement d'un moment de grâce d'une heure trois quart au Palais des Congrès -- deux heures après on est encore scotché aux images, aux sons, aux sensations dont on s'est imbibé avec une émotion teintée de plénitude -- disons qu'on a vécu deux fois plus longtemps et qu'on est content.
Je ne vais pas vous parler du message politique. Prenez deux feuilles de papier BHL et Finkielkraut, superposez-les, pliez en deux, rabattez les deux coins supérieurs pour former un triangle isocèle... rabattez les ailes... lancez, obtenez le vol poétique d'Emir Kusturica.
Dans le désordre: des maisons suspendues à 3 mètres du sol... des êtres mystiques aux habits de fortune... des guitares électriques, de l'amour, de la folie, de la peur, de l'exil, de l'avidité, des montagnes qui éloignent, une lune qui rassemble, des gens trop grands, trop petits, trop beaux, trop laids, trop sensibles, trop durs... et bien sûr des oies.
Une énergie et une poésie rares
Le génie de Kustu c'est le joyeux bordel dont il fait émerger une âme. Il est d'une infinie banalité de dire qu'il traite de sujets difficiles, de l'idiotie des guerres, de la faiblesse des hommes, du néofascisme industrialoploutocratique... avec une énergie et une poésie rares mais c'est bien le cas.
Un joyeux bordel magnifiquement orchestré qui fait littéralement frissonner du début à la fin... qu'on passe debout à faire claquer frénétiquement ses mains pour donner un tout petit quelque chose à la troupe, énorme.
A coté de nous des gens pleuraient. On dit bravo et merci.
Pour y aller: marche bipède, RATP, station assise puis lévitation et gravitation!
Du 22 au 30 mars à Paris et tournée mondiale