C’est d’abord un lieu, un voyage "hors du temps" vers lequel vous vous embarquez sans le savoir…
Car la Cartoucherie est un vrai voyage intemporel, bien loin de nos bons vieux "cafés théâtres" ou autres salles parisiennes… Je ne citerais pas la non moins connue Ariane Mnouchkine, l’âme et la prêtresse de ce grand espace du Bois de Vincennes.
Lors des premières représentations de la pièce de Nathalie Colladon,
La Dernière Lettre, en 2009 (déjà programmé au
Théâtre de l’Epée de Bois) j’ai donc d’abord fait connaissance avec un lieu dont beaucoup de personnes "du milieu" me parlait depuis des années comme étant LE lieu qu’il fallait découvrir… Qu’a-t-il donc de si exceptionnel? C’est donc loin du bruit des voitures que je me dirige vers quelque chose auquel je ne m’attends pas…
Parmi les 4-5 théâtres autour de moi, c’est au
Théâtre de l’Epée de Bois que je poserais le pied.
Le voyage continue à l’intérieur de ce théâtre semblable à l’intérieur d’un vieux château (hanté?): tout ce bois, ce décorum, ces lumières… Je m’attendais presque à voir arriver un "aboyeur" pour annoncer le début du spectacle… Il n’en sera rien… Une jeune fille bien de "chez nous" nous invite à rejoindre la salle du Studio pour la pièce /La dernière lettre// de Vassili Grossman, mise en scène de Nathalie Colladon.
Nous montons sereinement, sans savoir jusqu’où le voyage va nous amener…
La petite salle du Studio nous accueille dans une intimité troublante et écrasante, avec cette unique douche au-dessus d’Anna Simionova (Christine Melcer), assise par terre entrain d’écrire…
C’est sur cette note troublante mêlée d’une ambiance sonore, réalisée par
Pipo Gomes, à la fois réaliste, intimiste, glaciale et touchante que la pièce démarre…
Il est loin le temps où une jeune fille délurée vêtue d’une petite robe rouge, accompagnée d’un Prince Charmant sans son cheval blanc, chantait:
Jeune victime trop bien portante recherche jeune bourreau des cœurs
Petite annonce sans conséquence
Appel au voleur…
Trois ans après son premier essai en tant qu’auteur/ metteur en scène, Nathalie Colladon a pris du galon… et un risque. Le risque de vouloir s’aventurer dans un texte de Vassili Grossman dédié à la Mémoire collective: la Shoah, la Seconde Guerre Mondiale, les Juifs, le Ghetto… Un univers pas évident à capter du haut de ses 25 ans… Nathalie a souhaité défendre ce texte amené par sa comédienne Christine Melcer qui l’avait déjà dirigée dans sa pièce
Anna et Nina trois ans auparavant au Théâtre de Ménilmontant. Et elle a bien eu raison de le prendre ce risque… Pas besoin d’avoir vécu la guerre, d’avoir souffert toute sa vie pour ressentir les choses et les retranscrire… C’est avec son regard, sa sensibilité, sa fraîcheur et toute sa maturité que cette jeune et grande metteur en scène nous fait voyager loin sans jamais tomber dans le "pathos". La pièce tient le spectateur sur le fil jusqu’au dernier mot de la dernière ligne… de cette dernière lettre.
Une direction d’acteur étudiée mais jamais amplifiée par une simplicité assez "borderline" entre la douleur, le souvenir, les larmes heureuses, le sourire malheureux d’une comédienne omniprésente et d’une direction d’acteur "transparente"… Ce sont les mises en scènes les moins "visibles" qui sont les plus réussies… Pari gagné!
Une scénographie et création lumière réalisées par Sylvain Brizay et dévoilées au fur et à mesure de cette lettre, par des jeux tantôt froids et écrasants qui nous amènent du vide à une impression de plénitude "douce amère".
Avec ces quelques secondes de suspension, d’interrogation et de gêne à la fin du spectacle où le spectateur reprend à peine son souffle pour applaudir une comédienne encore troublée et reconnaissante qui nous salue… C’est vraiment de la gêne, un mélange de trouble et de magie qui envahissent la salle à ce moment là…
C’est grâce à la dizaine de représentations réalisées en 2009 que le projet de Nathalie Colladon est aujourd’hui soutenu par la Fondation du Mémorial de la Shoah et labellisé Rue du Conservatoire. C’est donc un projet sérieux, soutenu et talentueux…
Si je pose ces mots ce n’est pas pour vous inciter à aller voir une pièce de plus dans la "foulitude" de pièces qui se jouent chaque soir à Paris…
Si je pose ces mots ce n’est pas uniquement pour défendre la pièce d’une amie et complice de toujours, trop facile et pas objectif…
Si je pose ces mots ce n’est pas pour vous recommander de venir à partir du 27 janvier voir
La Dernière Lettre au Théâtre de l’Epée de Bois ni de venir découvrir un lieu magique et fascinant comme la Cartoucherie…
Si je pose ces mots c’est pour espérer que vous prendrez cinq minutes de votre temps pour réfléchir à l’idée d’aller voir cette pièce, que vous prendrez cinq autres minutes pour téléphoner et réserver votre place, que vous prendrez le temps qu’il faut pour vous déplacer à la Cartoucherie et ensuite que vous vous plongerez pendant une heure (durée de la pièce) dans un univers à la fois dramatique, intimiste, troublant et empreint à une certaine magie…
Au final c’est deux heures de votre temps que aurez donner à une petite troupe, La Compagnie Têtes d’Ampoule, pour un grand moment de théâtre et une chance supplémentaire pour elle de faire perdurer un vrai beau projet qui démarre et mérite de tourner encore longtemps…
QUELQUES LIENS:
Pour réserver vos places:
http://www.billetreduc.com/28985/evt.htm
Pour lire un autre article récemment paru:
http://www.laboiteasorties.com/2010/01/derniere-lettre-dune-mere-a-son-fils-a-lepee-de-bois/
Pour aller au théâtre de l’Epée de Bois:
http://epeedebois.com