Venise
  • Auteur : Venise
  • Inscription : Il y a 10 mois
  • Publications : 26
Voir les auteurs Obiwi
Tous les auteurs Obiwi
Ecrire à cet auteur
Critique

“La ville Emeraude” (Emerald city) de Fanny & Alexander Théâtre Universitaire “Giovanni Poli” de Venise

Note : 5 (3 notes)   |  Noter
Noter cet article : 
Le 03/02/10 - Lu 354 fois - 1 commentaire
Art performing choc;
On se retrouve face à "Him", représentation vivante de l’œuvre de Maurizio Cattelan, personnification d’Hitler en cire, priant. Hitler n’est autre que le Magicien d’Oz, le mage–dictateur du pays d’Emeraude qui a assujeti le pays d’Oz et écoute les confessions des voix de l’Humanité…..
Fanny & Alexander, "Emerald City" inspiré librement du Magicien d'Oz. Fanny & Alexander, "Emerald City" inspiré librement du Magicien d'Oz. Fanny & Alexander, "Emerald City" inspiré librement du Magicien d'Oz. "Him" de Maurizio Cattelan, artiste contemporain italien, provocateur entre tous. Jules Vernes, Le Château des Carpathes, pré-inventant le 3D. Léonard de Vinci, St. Jean Baptiste, avec l'index pointé vers le ciel, annonçant la venue du Christ et la Rédemption de l'Humanité.
Fanny & Alexander, "Emerald City" inspiré librement du Magicien d'Oz.
Fanny & Alexander, "Emerald City" inspiré librement du Magicien d'Oz.
Fanny & Alexander, "Emerald City" inspiré librement du Magicien d'Oz.
"Him" de Maurizio Cattelan, artiste contemporain italien, provocateur entre tous.
Jules Vernes, Le Château des Carpathes, pré-inventant le 3D.
Léonard de Vinci, St. Jean Baptiste, avec l'index pointé vers le ciel, annonçant la venue du Christ et la Rédemption de l'Humanité.
1 / 6 medias
Fanny & Alexander est une compagnie théâtrale fondée en 1992 à Ravenne, composée de Luigi de Angeli et Chiara Lagani. Ils ont produit plus de cinquante spectacles, concerts, productions audiovisuelles, installations et performances, expositions etc. caractérisés par une recherche esthétique innovante mêlant différents langages artistiques.

Les spectateurs installés, la lumière se ferme et on reste dans le noir jusqu’à l’arrivée de l’unique acteur de cette Performance: Marco Cavalcoli. Surprise fulgurante, on se retrouve face à Hitler, agenouillé sur un piédestal et priant, telle la fameuse oeuvre “Him” de Maurizio Cattelan. Hitler, alias le Magicien d’Oz, est contraint d’écouter les confessions de l’Humanité, ses prières et ses attentes, faites par des voix off dans de nombreuses langues originales: confessions en Italien bien sûr, mais aussi en Français, en Allemand, en Pakistanais, en Chinois, en Espagnol, Philippin, Grec, Anglais, Yoruba (dialecte Nigérien), Finlandais, Russe, Roumain, Slovaque, Cambodgien, Japonais, Flamand, Algérien, Moldave.

Il est clair que l’on ne peut tout comprendre, seulement en fonction de son propre bagage linguistique: j’ai écouté les terribles confessions en Français, Italien, Anglais et Espagnol, pour le reste, l’imagination laisse place à la réalité, on ne sait pas ce que les voix racontent au Mage, mais on peut l’imaginer en fonction de ce qui a déjà été dit dans les langues que l’on a compris: des confessions effroyables, suivie de la prière qu’on leur donne un Coeur, un Foie et un Cerveau, comme dans le livre de Frank Baum "Le Magicien d’Oz", un cerveau pour pouvoir réfléchir et comprendre, un cœur pour éprouver des sentiments et un foie pour avoir le courage de faire le juste.

Les voix des confessions d’Emerald City sont structurées sur trois niveaux différents: des récits biographiques (et ce sont les plus terribles car véridiques et horribles, portant sur les atrocités commises pendant la guerre), des monologues littéraires sortis tout droit du “Magicien d’Oz” et des récits biographiques ayant trait au Coeur, au Cerveau et au Foie, les trois organes vitaux nécessaires pour faire un homme. Tous ces éléments ont été ensuite mélangés l’un avec l’autre.

Hitler (qui ne parle jamais et passe une demi-heure à genoux en mimant ce qu’il ressent en écoutant les confessions et les requêtes qu’il entend) est le Magicien d’Oz, le magicien charlatan. Il répond au genre humain dans une langue mimétique universelle. Cette langue non verbale est formalisée à travers les différentes expressions faciales du Mage (neutre, stupeur, peur, joie, tristesse, colère etc.) qui sont la conséquence des voix humaines qui déferlent dans nos casques.

Le Magicien d’Oz est une réflexion sur le pouvoir. Il n’est qu’un simple mortel qui sait manipuler les gens grâce à son art confirmé de la persuasion.

"Le mythe d’Oz reprend un concept de fond que nous pouvons synthétiser de cette manière: le pouvoir est la grande illusion" nous explique Fanny & Alexander, "dans le mythe d’Oz il faut réfléchir à l’équation magicien –artiste, qui est le but du voyage entrepris par les protagonistes. L’épouvantail, le Lion et l’homme de métal, c’est à dire le cerveau, le cœur et le courage, représentent l’humanité entière. Ils sont en voyage vers cette cité enchantée. Oz dans le libre est appelé "l’imprenable". Quand Dorothy et les autres trois personnages sont autorisés à avoir un colloque avec lui, ils doivent entrer un par un, comme s’ils entraient dans un confessionnal. En entrant, chacun voit quelque chose de différent: une belle femme, une boule de feu, une bête féroce, chacun ayant sa propre représentation personnelle du pouvoir.

Pourquoi avoir choisi d'incarner Hitler en magicien d’Oz?

Nous répondent Fanny & Alexander:

"Nous pensions d’abord à Chaplin dans le "Dictateur". A l’époque il s’agissait d’une icône encore vivante, alors que nous avons l’avantage de l’historisation du personnage. Dans ce cas, même s’il s’agit d’une Icône inhumaine, l’artiste a réussi à le situer dans sa propre charge émotionnelle, transcendant le problème. La force du Dictateur de Chaplin est entièrement dans la scène du discours final, qui est éthiquement aux antipodes du nazisme, mais qui est prononcé par son sosie. C’est un contraste extrêmement fort.

De même, dans "Him", oeuvre d’art de Maurizio Cattelan, le personnage de Hitler ne se reconnaît pas tout de suite, parce qu’il est présenté de dos, agenouillé au fond d’une grande pièce. Immédiatement, il inspire la pitié et la compassion, pour ce pénitent priant au fond de la salle. Mais quand tu t’approches et reconnaît Hitler, le court-circuit est grand, et pourtant la première chose qui te vient à l’esprit est de lui mettre une main sur l’épaule....Immédiatement après, tu te demandes ce que tu es en train de faire. Ceci arrive également avec le mythe d’Oz. Quand les protagonistes vont demander au magicien coeur, cerveau et courage, ils obtiennent quelque chose de complètement différent: le magicien les piège avec ses paroles, les convainquant qu’il suffit de dire de les avoir pour les posséder. Au moment où il leur donne verbalement ces pouvoirs, ils sont convaincus de les avoir. C’est l’Art de la persuasion. Lui est monstrueux de faire une telle chose, mais les trois personnages, en les acceptant, sont tout également monstrueux. Parce qu’à la base du pouvoir il y a toujours l’acceptation du pouvoir, parce que la gestion du pouvoir intervient des deux cotés. Historiquement, il y a toujours qui exerce le pouvoir et qui fait en sorte que ce pouvoir soit exercé.

Dans "Emerald City" le monologue final du magicien d’Oz est cité, que je trouve illuminant et glaçant: Il dit synthétiquement: j’étais là et je m’ennuyais, aussi ai-je décidé d’inventer ce monde, je l’ai appelé "Emerald Cit"” parce que tout alentours la campagne est verte et pour que son nom y soit plus semblable, j’ai mis sur les yeux des gens des lunettes aux verres colorés de vert, d’ailleurs, le vert apporte le bonheur, ne voulez-vous pas être heureux? C’est un peu l’histoire de toutes les utopies" nous expliquent Fanny & Alexander.

La salle retombe dans la pénombre. Hitler est descendu de son piédestal et se matérialise en 3-D, dans un cadre de verre, grandeur nature (on pense aux premiers 3-D pré-inventé par Jules Vernes: c’est la même scène que dans le livre "Le Château des Carpathes"). Hitler s’anime et s’adresse à nous spectateurs, et résume en quelques gestes symboliques - car tout est mimé et jamais le magicien ne parle - ce qui a été appris pendant la leçon du Mage sur les sentiments, la nécessité d’avoir un coeur, un cerveau et du courage pour vivre une vie digne d’être vécue: il met la main sur son coeur (comme dans le salut oriental), le bras levé avec l’index pointé vers les cieux, vers Dieu comme dans les tableaux de Léonard de Vinci (voir "St. Jean Baptiste") pré-annonçant la venue du Christ et la Rédemption. Hitler magicien d’Oz rappelle donc que l’homme n’est pas un homme sans ces qualités.

Un spectacle qui ne laisse pas indifférent.
Note : 5 (3 notes)
Noter cet article : 

Envoyer cette page à vos amis

Destinataires

Séparez les adresses e-mail
par des virgules
Votre message


Votre nom


Votre e-mail


Entrez le code visible ci-dessous :

CommentairesEcrire un commentaire

 
Anonyme
Le 06 février 2010
Répondre
Signaler un abus
Merci pour ce bel article très intéressant. Si je n'habitais pas aussi loin, j'irais certainement découvrir ce spectacle.

Ecrire un commentaire

Entrez le code visible ci-dessous :
 
Participer
  • Publier sur un media reconnu
  • Bénéficier d'invitations aux événements
  • Rejoindre une communauté de passionnés
Devenir membreDéjà inscrit : Connexion

Inscription newsletter Obiwi

Recevez l'information sur vos passions
E-mail :

Publier un article

  • Echanger sur vos passions, vos bons plans
  • Une équipe vous aide à rédiger un contenu pour la communauté
S'inscrire pour publier un contenu

Auteurs les mieux notés

1.
crebel
crebel

4.54 étoiles pour 4 articles
2.
Venise
Venise

4.52 étoiles pour 10 articles
3.
Plummetis
Plummetis

4.50 étoiles pour 11 articles
4.
HysoreThetapress
HysoreThetapress

4.41 étoiles pour 14 articles
5.
milo
milo

4.39 étoiles pour 4 articles
Voir tous les auteurs
Liens commerciaux