Critique
La Fenice, Venise: quand Manon Lescaut devient Manon L’ " Escort " Manon Lescaut de Giacomo Puccini revu par Graham Vick
J’allais à la Fenice pour rêver et me suis retrouvée face à un mauvais remake de "Scarface" sans le génie de Brian de Palma et sans Al Pacino…L’abbé Prévost s’en sera retourné dans sa tombe et moi je suis rentrée chez moi déçue.
les prostituées jambes en l'air....
la Foire du Trône version Graham Vick.
la Foire du Trône version Graham Vick.
la caverne ou le désert.
L'Escort Manon.
Scarface de Brian de Palma.
l'original, Géronte version Graham Vick n'est qu'une mauvaise copie...
l'Abbé Prévost.
|
| 1 / 8 medias |
 |
|
 |
Lien suggéré par l'auteur
Toutefois, je m’en doutais un peu, connaissant Graham Vick, chargé de la réalisation du spectacle et Andrews Hays et Kimm Kovac des décors et des costumes: spécialisés dans le kitsch post-moderne, rien de bon ne pouvait en sortir, sauf illumination….
Le miracle n’a pas eu lieu et on a eu droit, hélas, à une transposition douteuse dans un mauvais film de troisième ordre où cette pauvre Manon se retrouve en "Escort" vêtue comme Michelle Pfeiffer interprétant la femme du boss ( Escort est un mot à la mode en Italie pour qualifier les nombreuses putes de luxe que Berlusconi & Co se payent à la barbe de tout le pays…), Géronte snife de la cocaine (oui, oui, vraiment édifiant), les décors sont ceux d’une fête foraine (mais je vous ai dit que j’allais à la Fenice, pas à la Foire du Trône: les cygnes géants volent, les ours en peluche roses et gigantesques occupent toute la scène (d’ailleurs, c’est peut-être le plus intéressant à voir) et d’un lupanar moderne, avec l’apothéose du mauvais goût dans le 3 ème acte où les prostituées destinées à être expédiées en Amérique par bateau se retrouvent en cage suspendues comme des lampadaires, cuisses nues au vent, au-dessus du nez des spectateurs (les vieux messieurs ont bien apprécié: ils avaient toujours le nez en l’air, émerveillé de cette chair fraîche et tendre au-dessus de leur tête), jusqu’à ce qu’on les descendent quand on lit leur nom sur la liste des prostituées qui prendront ce navire.
Ce manège prend un certain temps, plutôt navrant, pour les spectateurs et pour ces pauvres filles en cage traitées comme des poulets de bas-étage…. C’est vulgaire et je me dis que j’ai dû me tromper, je ne suis pas à la Fenice mais dans un spectacle porno-soft pour vieux messieurs libidineux…
Heureusement, la musique est bonne, Renato Palumbo, directeur d’orchestre sauve du désastre le spectacle et les chanteurs sont bons, même si on les sent démotivés de travailler dans un bordel pareil (au sens propre): Lilla Lee, dans le rôle de la femme du boss, pardon de Manon l’Escorte, est bonne mais sans l’émotion nécessaire pour nous faire vibrer au pas du désespoir de cette pauvre Manon (et pourtant c’était désespérant à voir, mais au sens figuré). David Damiani dans le rôle de Lescaut est bon également, mais ne fait pas rêver non plus: il n’a pas le physique du rôle, le Chevalier Des Grieux, alias Francesco Pellos est d’école, mais lui manque une âme…
Tout ça, c’est la faute à Graham Vick (et pas à Voltaire) qui a trahi l’âme du roman romantique de l’abbé Prévost et en a fait une farce théâtrale. On espère que la Fenice ne lui donnera plus de spectacle à gérer que l’on puisse continuer à rêver…. La Fenice est faite pour cela non?