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Exclusif: la critique en avant-première de Watchmen - Les Gardiens de Zack Snyder

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Le 27/02/09 - Lu 1571 fois - 0 commentaire
Alors que le film sortira le 6 mars sur le seul sol américain, la France bénéficie d’un traitement de faveur puisque quelques rares projections privées ont été organisées depuis le début de la semaine (invitation Obiwi).
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L'affiche de Watchmen.
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Adapter les Watchmen, adapter la bande dessinée culte absolue... Seul ouvrage de ce type à être entré dans le classement du Times des 100 œuvres littéraires majeures, Watchmen est le chef d’œuvre d’Alan Moore et Dave Gibbons longtemps considéré comme impossible à tourner pour le cinéma. De nombreux grands noms du cinéma s’y étaient d’ailleurs déjà cassé les dents, en particulier Darren Aronosfky, Terry Gilliam ou Paul Greengrass. Zack Snyder devait par conséquent réaliser ici un véritable exploit afin de ne pas s’attirer les foudres des puristes ou du grand public. A en juger par les réactions récentes, il semble que Watchmen divise déjà la presse et la blogosphère. Chef d’œuvre, adaptation ratée, adaptation simple, film complexe, on lit ici et là tout et son contraire, preuve au moins que le film interroge les premiers et chanceux spectateurs.

N’étant pas un lecteur de matériau d’origine, mon opinion est exclusivement basée sur mon ressenti vis-à-vis du film en tant que tel (bien que l’achat de Watchmen ne saurait maintenant plus tarder).

Le pitch de départ


Bref. Afin de bien se mettre dans le contexte, un petit rappel du pitch semble de rigueur. Nous sommes en 1985, la guerre froide est à son point culminant; la 3e guerre mondiale, une guerre nucléaire parait imminente. Depuis que la loi Keene a été votée, les super-héros masqués ne peuvent plus exercer, les contraignant ainsi à une retraite forcée.

Mais lorsque l’une des personnalités fortes du groupe (le Comédien) se fait assassiner, Rorschach décide de mener l’enquête, persuadé qu’un complot visant à exterminer les héros masqués se trame. Pour se faire, il tente de remonter l’équipe.

Ce qui frappe d’entrée de jeu dans le film, avant même toute considération scénaristique, c’est bien le travail graphique effectué par Snyder pour constituer une véritable peinture cinématographique. D’aucun diront que Watchmen est le premier Comic Movie à savoir qu’il ne s’agit pas vraiment d’une adaptation mais d’une mise en film, presque exacte, de l’œuvre dessinée.

Une mise en place difficile pour une aventure enivrante


Soyons honnête, les 45 premières minutes seront les plus difficiles pour les spectateurs venus chercher un simple divertissement. Les personnages sont encore mal connus, le passé de chacun inexploré, il est donc complexe d’entrer dans ces histoires régulièrement entrecoupées par des flashs back évoquant le passé du Comédien. Ce personnage ambigu balaye d’un coup l’image classique du super-héros. Violent, impulsif, il n’obéit à aucune règle. Il va venir dès les premiers instants du film définir un principe de base: Watchmen n’est pas un film de super-héros. C’est un film d’êtres humains devenus des justiciers masqués. Nuance importante puisque dès lors que le héros reste humain, les travers et les bassesses propres à l’homme se retrouvent exploités de manière outrancière dans chacun des différents protagonistes.

Du comédien, symbole d’une Amérique impératrice déchue, de Rorschach, le sociopathe écorché vif dont la soif de vengeance n’a d’égale que son extrémisme, du Hibou, étrangement humain même dans ses problèmes les plus intimes (pannes sexuelles), du Spectre Soyeux II qui n’a de cesse d’aspirer à ré-endosser le costume moulant faisant d’elle une sirène sculpturale ou de Ozymandias, homme parfait aux tendances mégalomaniaques... tous ici reprennent les travers d’une société qui va mal. Parmi eux, un homme devenu Dieu des suites d’une expérience ayant mal tournée, Dr Manhantan, géant bleu aux pouvoirs illimités dont la vision du monde permet de prendre le recul nécessaire vis-à-vis de l’humanité tout entière.

Ce personnage, entièrement numérique mais calqué sur la motion-capture de Billy Crudup est l’une des grandes forces et réussites du film. A contrario des autres héros, Dr Manhantan intervient systématiquement comme le sage. Sagesse acquise par l’expulsion presque totale de sentiments humains. Chaque parole est accompagnée de longs silences permettant ainsi de rendre puissants et forts ses dires.

Une fois rentré dans l’histoire, Watchmen se déroule telle une immense fable politique vintage, conservant l’aspect intemporel faisant toute la force de l’histoire. C’est un grand voyage sensoriel explorant l’âme humaine comme se plaisait à avancer Snyder au cours de la conférence de presse de lundi (le compte rendu bientôt sur Obiwi).

Qu’il s’agisse de la notion de bien ou de mal, ici volontairement mise en bascule entre les différents personnages, Watchmen se plait à interroger le spectateur sur ses croyances. Deux visions de la justice s’opposent. Une justice froide, directe, sans compromis incarnée par Rorschach contre une justice idyllique, utopique incarnée par… mystère.

Cette dernière, au cœur de la partie finale du film, n’est pas sans rappeler une vision pas si éloignée de celle d’un monstre, celle d’une humanité parfaite, faite d’êtres purs et qui engendra l’extermination de millions de personnes. Le salut par l’anéantissement?

Lorsque l’on prend conscience des questions universelles que pose le film, on en comprend toute la puissance qui s’en émane et acceptons la claque sans broncher. Quel est le prix à payer pour l’humanité?

Déroulant cette grande peinture visuelle avec brio, Snyder prend le parti de coller au plus près de l’œuvre originale, quitte à emprunter les cadrages des vignettes pour respecter le travail fait par Dave Gibbons (le dessinateur). Usant sans exagération du slow motion (ralenti), Zack Snyder chorégraphie chaque combat avec une précision d’horloger, permettant un régal quasi constant pour nos petits yeux.

Totale liberté laissée à Zack Snyder


Si les 2h45 peuvent en freiner certains, gardons à l’esprit que la version director’s cut est de 3h30, preuve du l’énormité du travail accompli. Pas une seconde je n’ai ressenti la sensation d’ennui, j’étais littéralement embarqué dans l’aventure, submergé par un film que je qualifierai d’immense.

L’un des autres points marquants de Watchmen est bien la liberté accordée au réalisateur par la Warner, notamment en ce qui concerne la violence et la relation à la sexualité. Ces choix sans concession permettent de ne pas trahir la BD et de voir ainsi un Dr Manhantan dans le plus simple appareil tout au long du film, plusieurs scènes érotiques entre le Spectre et le Hibou filmées en slow motion (que les fans se réjouissent, ils pourront contempler Malin Akerman également dans le plus simple appareil) mais aussi des scènes extrêmement violentes ou trash.

La BO vintage habillant Watchmen ancre avec un poil trop d’insistance la photographie dans les années 80. Certains pourront trouver à redire sur ce point: Une succession de hits d’époque s’enchaîne et l’aspect cliché est malheureusement trop présent pour que l’on ne le signale pas.
D’ores et déjà, le film contient son lot de séquences cultes à l’image de l’évasion de Rorschach, savant mélange d’action, de trash et d’humour mais également la rencontre entre Rorschach et le meurtrier de la petite fille (intense et sans pitié) ou encore l’incroyable naissance du Dr Manhantan.

Une véritable réussite


Watchmen s’impose donc comme l’une des grandes réussites de ce début d’année, mémorable, intense, esthétiquement sublime, divinement interprété, il est à bien des égards une référence dans le domaine des adaptations de comic book.

Très intellectuel, très philosophique, il faut toutefois s’accrocher assez sévèrement pour entrer dans cette histoire complexe et déroutante. Les spectateurs non-prévenus et aspirant à trouver un divertissement seront clairement perdus, désolés, énervés...

Le film s’adresse à un public averti et adulte mais une fois pris dans l’engrenage, le voyage est aussi impressionnant qu’inoubliable.

Well done Zack!
Watchmen, de Zack Snyder, sort au cinéma le 4 mars.
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