Pascale Jugé's speaking:
Avant de parler de l’artiste, parlons de celui qui collabore à sa légende
"Avant de parler de Gainsbourg, je souhaite citer Joann Sfar qui a expliqué sa démarche, son approche de biographe lors d’émissions télévisées. Ce que j’ai retenu, c’est la faculté de non jugement de ce réalisateur. Il n’évalue pas, il n’analyse pas, il éprouve réellement de l’empathie, de la compassion pour le sujet qu’il filme… Il le compare à un "saint". Il comprend que la douleur de ce créateur s’apparentait à celle des martyrs immolés au nom de leur foi, celle de Gainsbourg, en l’occurrence, étant celle de sa nécessité de peindre, d’écrire, de composer, et donc d’exister et de se faire reconnaître."
Gainsbourg in situ
"Bien avant son heure de gloire, Gainsbourg se présente déjà comme un authentique artiste. Tout ce qu’il note, tout ce qu’il "croque", tandis qu’il s’essaye aux Beaux Arts et à la peinture en bon disciple de Léger, le démontre. Puis il y a la rencontre avec Michèle Arnaud,
La Javanaise, le Poinçonneur des Lilas, quand Serge se produit
Chez Madame Arthur ou au
Milord l’Arsouille, des boîtes de nuit parisiennes. Epoque grandiose. Musiques sublimes qui nous poursuivent encore et que l’on devrait apprendre dans les programmes scolaires, tant pour les "bonnes notes" que pour les paroles.
Parallèlement il prête son physique si particulier au cinéma et fait quelques apparitions, ainsi dans
La Révolte des Esclaves, un péplum qui illustre de façon épique l’année 1962. Suivent une trentaine de films comme acteur, soulignés par les longs-métrages qu’il réalisera lui-même, plus tard au faite de sa notoriété.
Pour l’heure, Serge galère...
Adepte de Boris Vian, félicité par Marcel Aymé, copain de Philippe Clay, moments blancs & noirs de Saint-Germain des prés, il passe en première partie de Brel ou de Juliette Gréco. Il écrit pour la belle dame, puis pour Petula Clark -
La Gadoue, pour Françoise Hardy -
Comment te dire adieu? et pour France Gall -
Poupée de cire, poupée de son qui remporte le Concours Eurovision de la chanson.
En 1966, avec France Gall toujours comme interprète, il connaît la consécration désirée grâce à aux
Sucettes à l'anis. Ensuite la course au succès s’accélère. En 1967, Brigitte Bardot devient le temps d’un coup de foudre son amoureuse et sa muse.
Initials B.B. Harley Davidson, Bonnie and Clyde, ponctuent leur brève idylle.
Un an plus tard, Gainsbourg rencontre Jane Birkin avec laquelle il tourne
Slogan, pour laquelle il compose de fantastiques chansons et conçoit son premier enfant, Charlotte. La carrière et la vie privée de Gainsbourg n'ont plus aucun secret pour personne.
Pendant ses dix ans de vie commune, le couple flirte avec la réussite. Serge enregistre avec Jane
69 Année érotique et
Je t'aime... moi non plus (initialement créé pour BB),
l’Histoire de Melody Nelson, un album paru en 1971 et seul,
Vu de l'extérieur en 1973,
Rock around the bunker en 1975, enfin
L'Homme à tête de chou en 1976, œuvres majeures.
Réalisations de films, écriture de tubes à profusion, nuits blanches et déjantées, Gainsbourg devient Gainsbarre, compose du reggae, une nouvelle
Marseillaise, brûle un billet de 500 francs en direct lors d’une émission TV, passe au
Casino de Paris, et séparé de Jane, épouse Bambou avec laquelle il a un fils Lucien dit Lulu.
Chanté par des stars telles qu’Anna Karina, Catherine Deneuve et Isabelle Adjani, Gainsbourg provoque, s’amuse, connaît la notoriété et oublie sans doute l’objet de sa quête. Certains dénoncent ses excès, d’autres l’adulent. Ce qui était provocation devient propos éthyliques & amnésie. Le 2 mars 1991, Gainsbourg tire définitivement sa révérence. Inutile de préciser que l’artiste a influencé nombre de compositeurs, de chanteurs ou de groupes, à commencer par Etienne Daho ou Bijou.
Gainsbourg, une vie héroïque
Presque vingt ans plus, Joann Sfar se lance dans son biopic. Comme toujours, il y aura des personnes pour critiquer ce travail et crier haut et fort au scandale. Qu’importe!
Joann Sfar s’est trouvé investi d’une mission, celle de retracer l’existence d’un personnage hors pair. Pour ce faire, il a fait appel à un casting insensé: Eric Elmosnino transformé en Serge Gainsbourg, Laetitia Casta en Brigitte Bardot, Lucy Gordon en Jane Birkin, Anna Mouglalis en Juliette Gréco et Mylène Jampanoï en Bambou, tous magnifiques, tous magnifiés, se jouent de la réalité.
Extrêmement (bien) documenté, Joann Sfar se met au service de son modèle, Serge Gainsbourg, et permet ainsi de transcender la vie d’un être qui se croyait laid, et qui, presque malgré lui, ne produisait que de la beauté, de la subversion et de l’ingéniosité.
Sans jugement, vous disais-je. Juste comme un plaidoyer. Une ode. Un conte. Mieux un hommage à
L’homme à tête de chou."
Références:
Bande annonce:
http:www.gainsbourg-lefilm.com/ http:www.gainsbourg-lefilm.com/
Sur l’autre toile :
http://www.gainsbourg.org/
Quelques classiques de Serge Gainsbourg
1958: Le Poinçonneur des Lilas
1962: La Javanaise
1963: Laetitia
1964: Couleur Café
1966 - 1968: Requiem pour un con, Docteur Jekyll et Mister Hyde, Initials B.B., avec Brigitte Bardot
1969: Les Sucettes, L'Anamour, Elisa, Je t'aime... moi non plus & 69, année érotique (avec Jane Birkin)
1970: Cannabis
1971: Ballade de Melody Nelson (avec Jane Birkin)
1972: La Décadanse (avec Jane Birkin)
1973: Je suis venu te dire que je m'en vais
1975: Rock Around the Bunker, L'Ami Caouette
1976: L'Homme à Tête de chou
1977: My Lady Heroïne
1978: Sea, Sex and Sun
1979: Aux Armes et cætera, Lola Rastaquouère, Vieille Canaille
1980: Dieu fumeur de Havanes (avec Catherine Deneuve)
1981: Ecce Homo
1984: Love on the Beat
1985: Lemon Incest (avec Charlotte Gainsbourg)
1986: Je t'aime... moi non plus (avec Brigitte Bardot, version enregistrée en 1968)
1987: You're under arrest
1989: Hey Man Amen