A lire, à voir
"Vendredi": le journal papier du web!
Le papier, garant du net? Moins de deux semaines après son lancement, le journal hebdomadaire "Vendredi" a déjà suscité de nombreux débats sur internet. Ce support papier de huit pages, en couleur, vendu dans tous les kiosques de France au prix d'1,50 euros, propose de publier chaque semaine les meilleures informations trouvées sur le web en citant les sources.
Lien suggéré par l'auteur
Dans les locaux de la rédaction, les journalistes revendiquent leur travail de "desk "(ou de "bureau") et se basent sur plus de quatre cent sources: sites d'informations, journaux citoyens, blogs… De quoi alimenter aisément le journal à l'heure où ces sites connaissent une très forte croissance auprès des internautes.
Un Courrier International français
Le modèle économique semble réussi. Le principe reprend donc celui de Courrier International, journal papier référence qui regroupe les meilleurs articles étrangers une fois traduits en français. L'équipe de rédaction comprend dix personnes dont cinq journalistes parmi lesquels le rédacteur en chef Jacques Rosselin (qui a fondé il y a vingt ans "Courrier International"), Philippe Cohen (ancien rédacteur en chef de "Marianne", un des magazines qui se portent le mieux actuellement en France), Philippe Labarde, ancien directeur de la rédaction de "La Tribune". Casting réussi.
La France du Web divisée
Sur le site http:www.bellaciao.org, un internaute, derrière le pseudonyme "Robinson Crusoé", dénonce l'intérêt mercantile d'un tel journal et s'insurge "que des types se fassent du blé en vendant 1,50 euros un papier qui n'est qu'une collection d'articles trouvés sur le web gratos//".
Réactif sur son propre terrain d'investigation, Jacques Rosselin, le fondateur du journal Vendredi, s'explique au coup par coup. Sur le blog http:www.ouinon.net, il se défend, anticipe même le questionnement des internautes: "Sur le net, on trouve un regard différent sur l'actualité généraliste. Plus libre, plus original. L'équipe de "Vendredi" essaie de le capter et d'en faire un hebdo d'actualité différent des autres. (…) Un journal, c'est toujours une sélection subjective d'informations et de commentaires fait par une équipe de rédaction.(…)//
"Vendredi" s'intéresse d'abord à l'actualité politique, économique et au net. Mais c'est vrai que l'on pourrait imaginer toutes sortes de publications papier réalisées à partir du net".
Pour Rue89 (http:www.rue89.com), Vendredi offre avant tout aux internautes la possibilité de faire connaître leurs billets et par extension leurs sites. Le journal citoyen du net a très bien saisi que les trois quarts des internautes visitent un nouveau site Web après avoir retenu l'adresse internet parue dans un journal ou un autre média. L'initiative est d'ailleurs saluée: "Pour nous, c'est un nouveau débouché qui s'offre. Peut-être certains lecteurs nous connaîtront ainsi et viendront ensuite sur le site pour voir les vidéos, lire les commentaires, les articles mis à jour et profiter des liens hypertexte//".
Lecteurs de Vendredi, tous internautes?
A qui profite alors réellement l'hebdomadaire qui passe en revue de presse le Web? A la boîte?
Aux investisseurs? Aux internautes bloggeurs? Sans doute chacune de ces trois composantes y trouve son intérêt financier ou d'influence. Les internautes visiteurs se laissent guider et utilisent Vendredi comme un agrégateur papier de flux RSS performant et trieur. Il reste une partie des lecteurs du journal, des personnes curieuses qui n'ont eu ni l'occasion ni le temps dans la semaine de fouiller le net à la recherche d'informations pertinentes ou originales. "Au cours des dernières années, internet s'est enrichi en contenus de qualité mais il est parfois difficile de s'y retrouver dans tout ce foisonnement", a constaté à juste titre à l'AFP Jacques Rosselin, le fondateur de l'hebdomadaire. Néanmoins, ce travail de tri subjectif relève de la gageure dans la masse d'informations que produit Internet. Quelle info peut se révéler meilleure qu'une autre?
Vendredi endosse la lourde responsabilité de montrer en huit pages le meilleur de la Toile ou plutôt sa meilleure image selon le point de vue de la rédaction. En ce sens, le papier garantit l'accès à un contenu web pour tous, il ne garantit pas forcément la diversité, la pluralité et la qualité à tous. Les prochaines semaines nous révèleront si l'équipe de rédaction se contente de la simplicité avec une main d'œuvre au meilleur prix ou si elle tend réellement à se rapprocher au plus près de l'état d'esprit du net.
A l'instar de précédents articles à ce sujet, saluons en tout cas dans un premier temps l'initiative et souhaitons leur bonne chance pour la suite.