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Reportage
Vendanges 2009 en Champagne: entre bonne ambiance et complément de salaire
Les vendanges Champenoises viennent d’arriver à leur terme. Plus une grappe de raisins sur les pieds de vignes. Plus de vendangeurs dans ces mers vertes de feuilles, ni d’enjambeurs pour effeuiller ou porter les caisses de raisins rouge et blanc. En quelques semaines à peine, la récolte des raisins qui serviront à faire le champagne que nous boirons dans trois ans s’est terminée. Des bons souvenirs pour tous et un portefeuille garni de quelques euros en plus.
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Il y a Jo, boucher au chômage et homosexuel extraverti de 40 ans. Il y a Christine, 45 ans aide-soignante qui a pris ses vacances pour faire les vendanges. Elle est ici avec sa fille. Il y a les jeunes étudiants qui, ne reprenant pas les cours avant octobre, viennent se faire un peu d’argent de poche. Il y a Romain, invalide à 100 %, qui vient remplacer sa compagne. Elle travaille la nuit et comptait enchainer sur les vendanges, elle n’a pas tenu trois jours. Il y a Lorraine aussi, licenciée depuis peu, prête à partir en vacances avec le salaire des vendanges. Il y a Robert, 60 ans, retraité. En plus des vendanges, il traine dans les champs d’oignons et de patates déjà récoltés à l’affût de plusieurs kilos qui lui feront faire quelques économies. Il y a le breton et puis il y a Greg, ouvrier agricole de l’exploitation. Greg bosse comme un chef, il aime ses vignes, le travail bien fait. Prêt et disposé à aider ses coupeurs et porteurs amateurs, Greg a toujours un conseil, une attention, une anecdote de vigneron source d’inspiration pour apprécier son travail!
Si les parcours des uns et des autres ont été semés d’embûches, les vendanges marquent un moment inoubliable pour chacun d’entre eux. Inoubliable car les rencontres, les retrouvailles et l’ambiance qui règnent ici ne se retrouvent pas ailleurs. Tous dans la même galère, les uns coupent, les autres portent et tout le monde a mal au dos.
La grande chance de cette année: le temps. Cette fin d’été ensoleillé a offert aux vendangeurs des conditions de travail plus que réjouissantes. Des températures fraîches le matin sans être trop élevées l’après-midi, le tout accompagné par un soleil radieux et, par instant, un vent du nord frais qui vient sécher la sueur sur les fronts.
Huit jours de labeur
C’est une expérience à vivre une fois, au minimum. Couper du raisin n’a certes rien de très extraordinaire. Quand on y regarde de plus près, pourtant, le job est plutôt sympa pour la simple raison que vingt personnes se retrouvent à travailler ensemble, en cadence, au même rythme. Tout le monde est dehors, logé à la même enseigne. Tout le monde en bave, mais tout le monde rigole. Il faut quelques jours pour que les plus timides commencent à laisser entrevoir leur côté bon camarade. Seulement quelques minutes pour ceux qui se connaissent déjà.
Quatorze coupeurs pour sept rangées de vignes. Deux par deux pour chaque rangée. L’enjambeur (tracteur haut passant au-dessus des vignes) est derrière les coupeurs. Deux porteurs amènent les paniers pleins des coupeurs à deux autres (porteurs) qui se trouvent sur l’enjambeur. Ces derniers remplissent des caisses de raisins qui pèseront une cinquantaine de kilos chacune. Quand la plateforme de l’enjambeur est remplie de caisses pleines, il faut les décharger sur la plateforme du tracteur qui les emmènera au pressoir. Et ce manège dure pendant huit jours.
8h30-12h pour les matinées. Ensemble ou séparément chacun se débrouille pour déjeuner. Certains déjeunent sur place, d’autres rentrent chez eux. Ici c’est la banlieue de Reims. Personne n’est très loin de chez lui. A 14h, tout le monde est de retour. Tous ont bien mangé et bien bu. Pour certains la deuxième alternative a pris le pas sur la première. Les bouteilles de bières de la pause de 10h avaient été descendues en quelques gorgées. Pour le déjeuner, ce sont les bouteilles de vin rosé qui se sont fait engloutir. Alcoolisé ou non chacun reprend le boulot en rythme. Certains sont vite à la traine et les joints qu’ils ont fumés après le déjeuner en sont sûrement pour quelque chose! Une montée (1h30) et c’est une nouvelle pause. Les coupeuses ont ramené des gâteaux et les Rémois une bouteille de Chouchen au breton du groupe qu’ils (Lorraine et Jo, les deux plus extravertis) ont surnommé du nom de l’alcool de sa région.
Les jours passent, les grappes volent
Les après-midis se ressemblent toutes. Jusqu’au jour où… les grappes se mettent à voler. Le patron a prévenu son ouvrier qu’il laissera leurs raisins sur quelques rangées. Il en a trop pour son quota. Greg, l’ouvrier viticole a prévenu un porteur qui s’est empressé de viser un coupeur et c’est parti pour une fameuse bataille de grappes. Véritable snipper et artilleur lourd, chacun a sa spécialité, mais tout le monde en prend plein la figure. Un ou deux parmi les plus gentils s’en prennent plus que les autres mais ils ne tardent pas à se venger lâchement: une grappe écrasée sur une tête ou sous un t-shirt, dans le dos bien sûr! Il est 17h30, reste cinq caisses à finir. Démocratie oblige, on vote: "Le boulot se termine à cette heure-ci. On reste pour finir ou on part? Le patron nous a fait partir plus tôt hier. On reste".
C’est bientôt la fin. Tous les vendangeurs sont bien fatigués. Ils sont nombreux à prendre quelques remontants pour passer le mal de dos: aspirine, alcool ou autres calmants naturels. L’heure du "Cochelet" approche. Ici, c’est ainsi qu’on nomme le repas de fin de vendanges ou tout le monde se retrouve autour de la table ou la charcuterie et le champagne font bon ménage avec la vingtaine d’employés entourés de leurs patrons qui offrent un repas gargantuesque. Encore une marque de bons traitements dans cette maison. Tous les jours pour les pauses soda, bière, eau. Tous les soirs, après le boulot, ceux qui le souhaitent pouvaient se joindre à la famille pour boire un verre. C’est la fin du repas, ça chante et d’autres, imbibés de champagne, font n’importe quoi. Mais tous les saisonniers sont heureux d’avoir fini. Quelques centaines d’euros en plus pour cette rentrée sont toujours les bienvenues. Tout le monde se dit au revoir, échange les numéros de téléphone. Qui reviendra l’année prochaine?
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