Ce soir, on ouvre le bal. Le bal de la Capitale. Paris est à la fête, on la célèbre, elle, la ville lumière, auréolée comme une étoile.
Mais par où commencer? Et quel arrondissement préféré? Pour louer Paris, son entité, et ses attraits de princesse de contes de fées.
Si ma première impulsion me porte vers le Palais Royal, la Cour Carrée du Louvre, la place saint Germain de l’Auxerrois, anciennement place des saintes Maries de la mer, en raison de leur beauté architecturale et de leur enclave de silence qui souligne le brouhaha urbain, déjà je ne peux me satisfaire d’un seul faubourg.
Dans son second, je rejoins la rue Favart, la place de l’Opéra comique, afin de rencontrer les fantômes des illustres parisiens qui faisaient ripaille en ces lieux au XIXe siècle.
Dans son troisième, le faubourg du Temple, ses échoppes, l’ambiance mercantile qui nous fait voyager vers d’autres contrées plus ensoleillées.
Dans le quatrième, le Pont Marie, l’île saint Louis, le vieux Paris, irradiant par sa photogénie, sa majesté, son charme à nul autre pareil. Cité dans la grande cité, libre et intemporelle.
Dans son cinquième, la rue Monge, la Contrescarpe pour marcher vers des aubes radieuses, la rue saint Jacques, une des plus anciennes voies de Lutèce, quand celle-ci n’était encore qu’un minuscule escargot s’enroulant autour d’un temple celte sur l’emplacement même de Notre Dame.
Dans son sixième, le rendez-vous incontournable au carrefour du boulevard saint Germain des près et de la rue des saints pères. Pour ses cafés, sa légende, les plaques sur les tables des brasseries…
Dans son septième, impossible d’éviter la rue de Grenelle croisant la rue du Bac, le musée Maillol, mélange de chic, de bohème, de restaurants, de commerçants proposant des mets délicieux.
Dans son huitième, la rue Daru, son église orthodoxe et ses restaurants russes, pour une autre échappée belle, cette fois vers l’Est.
Dans son neuvième, la Place saint Georges, la rue Saint Lazare, la rue des Martyrs pour ses échoppes qui donnent à cette montée un air de marché permanent. Le neuvième et ses hôtels, celui de Chopin, passage des Panoramas, et le Langlois, anciennement Hôtel des Croisés, leurs façades sorties directement d’un décor de film…
Dans son dixième, l’église Saint Vincent de Paul qui me fait penser, Dieu seul sait pourquoi, à la place de l’Espagne à Rome. Pour son envolée vers le ciel, pour sa vue.
Dans son onzième, changement d’ambiance, la rue Oberkampf, pour tous ses troquets branchés, sa faune cosmopolite, sa bonne humeur.
Dans son douzième, le cours de Vincennes, aussi large que les Champs Elysées en plus populaire, il sert de liaison entre la ville et les bois… de Vincennes et de Saint Mandé.
Son treizième et la butte aux Cailles que l’on ne peut que qualifier par un seul adjectif: "sublime".
En quatorzième position, le Mont Parnasse jusqu’à Denfert (Rochereau), Coupole, Select et Closerie, juste pour la dégustation de multiples cocktails et la traversée des nuits parisiennes.
Le Quinzième, pour le pont Bir Hakeim, avec la perspective en amont et en aval de tous les autres ponts, celui de l’Alma jusqu’au pont des Arts, sous lesquels coule la Seine souveraine.
Le Seizième, station Michel Ange Auteuil, pour son village si vivant, l'échelle si humaine dans une circonférence de réputation si conventionnelle qui défit les lois de l'apparence.
Le Dix-septième, pour le quartier (et son square) des Batignolles. Barbara, la chanteuse, en était originaire et elle l’évoque d’ailleurs dans sa chanson Perlimpinpin. Pour Jacques Brel, aussi, qui y vécut, à son arrivée à Paris, et où il écrivit
Ne me quitte pas.
Le Dix-huitième, rue de Clignancourt, sa colline nommée Montmartre et son avancée vers les Puces…
Le Dix-neuvième, Belleville, le carrefour multiculturel de la capitale, la Belle ville, promesse de tous les possibles. Avec des rues où les passants sentent bon les chaudes épices venues d'ailleurs.
Le Vingtième et sa Place de la réunion qui termine cet inventaire, petite Alger dans les précédentes décennies, cette fraction de ville abrite désormais nombre d’artistes, de marginaux, de bistrots qui lui redonne son visage d’antan, celle des artisans, du peuple où chacun pouvait s’entretenir avec son voisin.
Paris grande dame, Paris canaille, Paris éternelle aux visages multiples mais à l’âme unique. Symbole de son pays. Visitée, enviée par tous. Critiquée parfois, soit disant pour les remarques acerbes de ses habitants irascibles trahis par divers sondages, elle ne survit pas comme tant d’autres, elle continue de briller malgré la globalisation ou la crise.
Toujours fidèle à elle-même. Abritant mille villes en une, extrêmement familière pour ceux qui ont la chance d’y vivre depuis longtemps, mais aussi toujours vierge, étrange étrangère, recelant de multiples secrets, une aura de mystère, Paris nous permet de la redécouvrir à chaque balade, chaque soir, chaque matin. Au-delà de des lassitudes que certaines métropoles pourraient inspirer, Paris ressemble à une histoire d’amour, de celles qui durent toujours, parce qu’elle donne le sentiment que le bonheur, avec elle, ne fait que commencer et que l'on peut le réinventer à chaque coin de rue où nous attend l'aventure, tout à la fois amie et inconnue.
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